Tu vas les chercher où ?!

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Ces temps-ci, j’ai été confrontée à des réactions plus que douteuses de la part d’un certain nombre d’hommes. Des copains (amoureux) qui ne se comportent pas très bien, voire franchement mal, des manipulateurs, des harceleurs, des garçons pouvant en venir à des violences psychologiques et/ou physiques.

J’ai aussi été confrontée à plusieurs situations de drague au minimum très gênantes, de la part d’hommes beaucoup plus âgés que moi, mariés et avec des enfants (au moins 3 fois ces derniers mois).

Certaines de ces situations sont marquantes, me mettent mal à l’aise, me rendent triste ou en colère. Alors j’en parle, je le raconte, en particulier à mes ami-e-s, parfois à ma famille aussi, ou à mes collègues.

La première réaction est systématiquement la même :

« Olala mais tu vas les chercher où ?! »

Avec la variante subtile du « dis-donc t’as vraiment pas de chance !… »

Au début, je ne relevais pas, mais quand on entend ces phrases pour la cinquième, sixième, septième fois, on finit par se demander ce qui se cache entre les lignes.

Le « t’as vraiment pas de chance » sous-entend que les situations décrites sont exceptionnelles, et que je dois être particulièrement malchanceuse pour y être confrontée. Franchement, j’aimerais bien que ce soit le cas… Mais visiblement, si on en croit les récits d’un nombre incalculable de femmes, les chiffres sur les violences domestiques, les blogs abordant ces questions… Enfin je sais pas moi, mais j’ai pas du tout l’impression d’être la seule ! Toutes mes amies proches (de tous les âges) m’ont déjà raconté au moins une expérience avec un manipulateur. Certaines d’entre elles ont été dans des situations assez graves de violences (psychologiques ou physiques), certaines se sont senties obligées par leurs propres mecs à coucher avec eux des soirs où elles n’en avaient pas envie (on appelle ça un viol mais très peu parviennent à mettre ce mot dessus). Ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel.

Pour ce qui est des comportements déplacés d’hommes mariés et plus âgés, c’est arrivé à beaucoup d’entre elles aussi – en particulier à celles qui sont (ou ont été) célibataires pendant longtemps et/ou qui vivent seules.

« Les violeurs, les agresseurs, les manipulateurs sont des gens comme tout le monde et ils sont nombreux, alors il est très probable que vous ou vos amies tombent sur l’un d’entre eux au moins une fois dans sa vie. »

En plus « t’as vraiment pas de chance » sous-entend que je suis tombée sur des garçons particulièrement horribles et méchants. Or, tenez-vous bien… ils ne le sont pas ! Les violeurs, les agresseurs, les manipulateurs, les infidèles… Tous ces hommes sont des gens « normaux » : des copains, des collègues, des amis d’amis, des inconnus charmants et romantiques, des poètes, des mecs qui vont à la piscine avec un bonnet qui leur donne l’air ridicule comme vous, des mecs qui photographient Notre-Dame au soleil couchant les beaux soirs d’été, des mecs qui connaissent la chanson de la Reine des Neiges par cœur, des mecs qui portent des jeans, des mecs qui savent cuisiner des falafels, des mecs qui ont un chat qui porte un nom rigolo, des mecs qui ont une licence de cinéma…

Les violeurs, agresseurs, manipulateurs sont des gens comme tout le monde et ils sont nombreux, alors il est très probable que vos copines soient tombées sur l’un d’entre eux une fois dans leurs vies. Ce n’est pas « qu’elles n’ont pas de chance d’être tombées sur LE seul connard de la planète », c’est plutôt « qu’elles n’ont pas de chance de vivre dans un monde sexiste ».

Ensuite, en disant « tu vas les chercher où ? », c’est encore pire… Parce que l’air de rien, la culpabilité revient une fois encore sur le dos de la victime. Ca nous rappelle vaguement (non sans une nausée subite), les réactions des gens après une agression sexuelle : comment était-elle habillée ? Rentrait-elle seule le soir ? Avait-elle bu ?…

Il serait vraiment temps qu’on arrête de faire croire aux filles que les situations de harcèlement/mauvais traitements/violences psychologiques/violences physiques sont

1) anecdotiques

et 2) de leur faute.

C’est complètement faux, et on n’a vraiment pas besoin d’entendre ça quand on est déjà un peu chamboulée, triste, en colère.

Comment réagir ?

Je vous propose donc quelques solutions pour savoir quoi dire quand une femme vous raconte qu’elle est victime (ce mot est important) d’une agression, d’une proposition déplacée, d’une relation amoureuse toxique, ou tout ce que vous voulez. Ca n’a pas une valeur absolue mais c’est ce que j’en pense, si vous avez des suggestions proposez-les en commentaires…

Ecoutez-la → D’abord, c’est pas sûr qu’on vous demande votre avis, si ça se trouve elle a juste besoin de parler. Ecoutez-la et prenez sur vous pour éviter les commentaires maladroits.

Soutenez-la → Montrez votre soutien, dites-lui que vous êtes de son côté, que vous espérez que ça va aller. Remerciez-la d’avoir partagé cette expérience avec vous – ce n’est pas toujours facile de témoigner de ce genre de choses.

Ne la culpabilisez pas → Evitez toutes (absolument toutes) les phrases qui peuvent ne serait-ce que laisser un tout petit peu sous-entendre que c’est de sa faute. Ne sous-entendez JAMAIS, même pour rire, même très légèrement, que c’est de sa faute. Jamais. J’ai déjà dit « jamais » ?

C’est probablement déjà ce qu’elle se répète en boucle et il lui faudra trois séances de thérapie pour se sortir ça de la tête, donc n’en rajoutez pas, par pitié !

Evitez la dramatisation comme la dédramatisation → Souvent ce n’est pas la peine d’en faire tout un plat en lui disant que c’est terrible, qu’elle ne va jamais s’en remettre, et « ma pauvre comment tu fais pour tenir ? », etc. Ce n’est pas non plus la peine de dire des conneries du genre « ça va il t’a pas frappée »… Ecoutez-la simplement, soutenez-la.

Expliquer n’est pas justifier → Si vous cherchez à « expliquer » ce qui s’est passé, faites très attention à bien préciser que ça ne justifie pas les actes de l’agresseur. Par exemple si elle se fait harceler par un garçon qui était très amoureux d’elle… Effectivement, le fait qu’il soit très amoureux d’elle peut expliquer (partiellement) pourquoi il la harcèle, mais ça ne justifie rien du tout. Souvent, les personnes à qui on se confie mélangent les deux, on a l’impression qu’elles nous disent que ce qui s’est passé était normal ou prévisible… Or ça ne l’est pas.

==> Dans le doute, ne cherchez pas à expliquer. Restez-en aux deux premières étapes.

– Dernier conseil. « Son cas n’est pas une exception et elle n’est pas responsable ». Répétez-vous cette phrase 5 à 10 000 fois dans votre tête avant de répondre quelque chose.

Merci d’avance,

Bisous bisous.

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9 réflexions sur “Tu vas les chercher où ?!

  1. Je connais cette situation. Et les « eh beh, tu les collectionnes »…
    J’en suis quand-même arrivée à trouver qu’il y a aussi des caractéristiques communes aux « proies » de ces personnes tordues, même si on n’est pas responsable. Et le mettre en lumière m’a aidée.
    La pratique de la méditation de pleine conscience, qui m’a été enseignée alors que j’avais affaire à d’énièmes personnes toxiques dans ma vie, m’aide aussi énormément. À faire mes choix, dédramatiser pour me recentrer, ne pas me laisser enfumer par la peur ou la culpabilisation, faire confiance à mes ressentis.
    Aujourd’hui je sais mieux reconnaître ces personnes et m’en défendre même si ça reste dur d’y faire face.
    Je pourrais ajouter à ta liste de croire l’ami(e) qui vous confie cette situation. Car souvent les manipulateurs pervers ont une belle « couverture » et ne montrent pas à tous leur vrai visage. Et du coup souvent la victime est mise en doute. D’autant que la personne perverse va retourner la situation, se victimiser, etc. 😦
    Et enfin, je trouve que c’est important de dire qu’il y a aussi des femmes qui sont manipulatrices perverses, malveillantes. Conjointes, ou amies. Ce ne sont pas seulement des hommes. J’ai aussi eu à me sortir de relations amicales avec des femmes néfastes et je connais des ami(e)s qui ont dû faire face à ce genre de choses avec leur conjointe.

    1. Bonjour Capucine,
      Je comprends ce que tu veux dire.
      J’ai aussi de mon côté fait un travail de thérapie qui m’a aidée à me recentrer sur les ressentis, à m’écouter quand je sentais que quelque chose m’inquiétait et/ou me dérangeait chez quelqu’un. Cependant, même si on peut arriver à mieux les reconnaître, il y en a toujours qui se cachent très bien et dont on n’aurait pas pu se méfier dès le départ.
      Effectivement je te rejoins sur le fait de croire la personne qui témoigne, ne pas remettre sa parole en doute. C’est vrai pour les manipulateurs pervers et c’est vrai aussi pour les agressions sexuelles (en particulier si l’agresseur est un copain, les personnes ont tendance à penser que la victime invente, ou qu’elle en rajoute).

      Et puis pour le dernier point, mon article portait sur un phénomène un peu plus large : agressions sexuelles, avances déplacées, pervers narcissiques (et plutôt dans le cadre de relations amoureuses). Je reste convaincue que les victimes sont vraiment très majoritairement des femmes, et les agresseurs très majoritairement des hommes (1 femme sur 5 agressée sexuellement). Pour le cas des pervers narcissique, j’ai aussi entendu des histoires de femmes victimes d’amies, mais j’ai l’impression que c’est quand même incroyablement plus répandu dans l’autre sens. Cela dit tu as bien fait de préciser que ça existe aussi, mais ce n’était pas trop le coeur de cet article précis qui s’adresse plutôt aux femmes victimes.

      En tout cas merci pour ton commentaire et bravo pour ta « mise en lumière » et le travail que ça t’a amenée à accomplir !

  2. Je suis très heureuse de lire ça. Oui, je pense que la vraie question est : qu’est-ce qui ne va pas chez ces hommes qui oui, ne sont pas des exceptions. En ce qui me concerne, j’ai trouvé la solution : je ne fréquente plus les hommes du tout. Mon âge me le permet : j’ai fait le tour, mari, amants, enfants. Et franchement, je ne me suis jamais senti aussi légère et aussi heureuse que depuis que les hommes ont quitté mes préoccupations.

    1. Je peux comprendre la forme de tranquillité que ça peut apporter ! Pour ma part j’essaie encore d’apprendre à me protéger, écouter mes ressentis, et parvenir tant bien que mal à me recentrer sur les hommes fiables. Mais ce n’est pas simple… : )

  3. Bonjour.
    Article intéressant.

    J’ai tiqué sur un seul truc
    « Les violeurs, les manipulateurs, les agresseurs, les infidèles ».

    Mettre l’adultère sur le même plan que les abus et viols ça me paraît honnêtement problématique.

    1. Je pense que faire une énumération de choses ça ne veut pas du tout dire qu’on les met sur le même plan. Seulement en l’occurrence on risque de recevoir la remarque « tu vas les chercher où ? » si on est confronté-e à l’un ou l’autre, bien sûr ça ne veut pas dire que je place l’adultère au même niveau que le viol.

  4. Bonjour, je suis un homme et je suis tombé par hasard sur votre blog. Il y a un point qui me pose problème:

    « certaines se sont senties obligées par leurs propres mecs à coucher avec eux des soirs où elles n’en avaient pas envie (on appelle ça un viol mais très peu parviennent à mettre ce mot dessus) »

    A en croire cette définition, tout homme peut être un violeur sans le savoir si il a pu un jour ne pas avoir la clairvoyance de voir que sa femme n’en avait « pas envie » mais se « sentait obligée ». A force d’étendre la définition du viol, on la vide de sens (et on risque de déculpabiliser les violeurs, les vrais). Je vous suggère de vous en tenir à ce slogan féministe qui à le mérite de la clarté: « Non c’est non ».

    1. Bonjour,
      Bon d’abord je pense que ça ne fait pas de mal de rappeler que je vis mon féminisme comme je l’entends et que peut-être que je n’ai pas franchement besoin que vous me « suggériez » comment je dois mener mon combat. (http://www.madmoizelle.com/mansplaining-explications-169296)

      Ensuite votre commentaire montre bien à quel point ces articles et ces précisions sont utiles.
      Oui, tout homme peut être violeur sans le savoir, et toute femme peut être violée sans s’en rendre compte. Le viol est un rapport sexuel qui se passe sous la contrainte (la contrainte pouvant passer par une simple « pression morale » – un copain un peu insistant par exemple…) ! Donc oui c’est à chacun d’avoir la clairvoyance de voir que son ou sa partenaire n’a pas envie, se force, se sent obligé-e… C’est à nous tous de faire attention à l’autre pour être sûr-e qu’il prend lui aussi du plaisir et qu’il ne vit pas le rapport comme une contrainte.

      Il n’y a pas « des violeurs, des vrais », il y a des violeurs, plein de violeurs qui sont différents les uns des autres. Et à force de parler de « vrais violeurs », on fait oublier aux femmes ce que signifie le viol, on vide cette notion de sens (et on risque de déculpabiliser les « violeurs ordinaires », ainsi que d’empêcher les personnes qui subissent ces viols de réagir).

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