Le victim-blaming (ou pourquoi j’ai grondé mon chat après lui avoir marché sur la queue)

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[1] – L’expression viendrait du livre « Blaming the Victim, Globally » publié dans les années 70 par William Ryan.

[2] – Selon les études Insee, les femmes sont plus souvent agressées par un proche. Vous pouvez aussi regarder cette vidéo à ce sujet.

[3] – The Just World Theory, Markkula Center for Applied Ethics

[4] – Why do we blame victims? When other’s misfortune feels like a threat, Juliana Breines Ph.D.

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87 réflexions sur “Le victim-blaming (ou pourquoi j’ai grondé mon chat après lui avoir marché sur la queue)

  1. Merci pour ce post qui fait du bien.
    J’ai vécu le cas avec non pas une mais des agressions il y a quelques années, et plus récemment on m’a volé mon vélo et les réactions des gens ont été que:
    -je n’avais pas les bons antivols (j’en avait 2)
    -que je n’aurais pas dû le laisser là (sur le parking privé de mon boulot)
    -que j’aurais dû en acheter un d’occasion (ben oui il est neuf, il attire les convoitise c’est de ma faute…)
    J’ai eu un mal fou à leur expliquer que même si je l’avait laissé dans la rue sans l’attacher ça ne justifiait pas qu’on me le prenne.

    1. Tout à fait d’accord ! C’est clair ça marche avec plein de trucs… Je crois que ce qui ressortait des expériences de psychologie sociale c’est que plus la personne est innocente, plus la situation est injuste, plus on a envie de la charger !… Moi j’ai eu droit à ce genre de remarques après une agression sexuelle – mais pourquoi j’étais seule ? mais pourquoi le mec me plaisait ? mais pourquoi je me suis pas méfiée ? mais en même temps j’ai un « comportement » aguicheur ? … Une fois aussi ou un mec a mis de la drogue dans mon verre on m’a carrément dit « en même temps je sais pas, tu sais que ça existe, tu vas dans un bar tu surveilles ton verre » ! …

      Je trouve ça intéressant de comprendre les mécanismes cognitifs qui nous poussent à agir comme ça, ça permet de mieux gérer, mieux savoir quoi répondre quand on entend ce genre de réactions.

  2. On retrouve beaucoup ce genre de comportements dans nos reactions avec les enfants aussi.
    Et sinon je me demande s’il n’y a pas une raison differente dans nos reactions quand nous sommes les capables (je marche sur la queue du chat ou je bouscule mon enfant) et quand nous ne sommes pas le coupable. Dans le second cas je trouve que ton analyse colle bien mais dans le premier cas j’ajouterai la possibilité de ne pas nous remettre en cause. D’ailleurs nous n’aurions pas ce comportement avec un adulte mais seulement avec des plus petits que nous (animaux, enfants) que nous pouvons accusé tranquillement. Certains le feront aussi avec leur femme. Mais avec quelqu’un que nous jugeons digne d’intérêt, nous présenterons assez généralement des excuses si on lui a marché sur le pied ou bousculé…

    1. Hello Lothie, oui c’est mis dans la BD « Si vous êtes l’agresseur ça peut vous aider à atténuer votre responsabilité ». : )

      Effectivement avec les enfants ça le fait particulièrement, et surtout eux ont très vite le réflexe de culpabiliser pour beaucoup de choses dont ils ne sont pas responsables, j’avais croisé des articles là-dessus !

      En revanche on a aussi ce comportement avec les adultes, même avec des gens qu’on estime beaucoup et que l’on juge digne d’intérêt – en particulier les victimes d’agressions sexuelles.

  3. Première fois que je vois un article dessus documenté ! On comprend mieux les mécanismes psychiques qui entrent en jeu dans le victim-blaming. Je découvre ton blog pour la première fois, je vais donc aller m’y balader !
    Merci 🙂

  4. Mais non mais non mais non mais 1000x NON !

    Tout ces schémas de pensées qui sous-entendent que le monde est simple est se résume en du blanc ou du noir me rendent dingue.

    Oui le chat ni est pour rien, MAIS SI le chat aurait pu AUSSI empêcher de se faire marcher dessus si son 6ème sens l’avait fait se décaler. Tout en étant victime, il y a moyen de ne pas l’être. (je pousse la caricature de l’article jusqu’au bout)

    J’ai un parechoc à ma voiture, et des options de sécurité qui m’ont couté cher. Mais j’ai bien fait de les acheter et pas parce que je vais viser un mur, mais parce que je sais que j’ai des risques qu’une personne, même sans le faire exprès, puisse me rentrer dedans et me tuer. Donc je fais de la prévention.

    Et la prévention est TOUT sauf quelque chose de binaire. Parfois, la prévention est utile et parfois elle ne sert à rien et fait même reculer nos libertés.

    Donc :
    – Non ce n’est pas à une femme de choisir sa tenue en « prévention ». Là on est bien d’accord. La prévention ne doit pas être au détriment des libertés fondamentales.
    – Mais oui, c’est à une femme de ne pas ouvrir à 23h alors qu’elle allait se coucher à un ex plan cul complètement bourré. Car la naïveté n’est pas une liberté fondamentale, c’est un risque qui s’éduque.

    Ces discours féministes qui ne veulent pas considérer qu’on peut être victime ET avoir les moyens de s’en prévenir m’énervent parce qu’ils sont contre productifs.

    L’éducation c’est vers tout le monde :
    – les agresseurs pour ne plus agressés
    – les victimes pour être vigilantes

    1. Bonjour Julien,

      Merci pour ta visite sur le blog et ton commentaire, je vais tâcher d’y répondre !

      D’abord tu dis « Le chat n’y est pour rien MAIS il aurait pu l’empêcher »… En fait, par définition, si tu as la capacité d’empêcher que quelque chose se produire, ça veut dire que nécessairement tu y es pour quelque chose. C’est impossible que le chat, à la fois « n’y sois pour rien » et à la fois « aurait pu l’empêcher », ce sont deux phrases contraires. Donc y a déjà un petit souci à ce niveau-là. 🙂

      Quand tu dis « la prévention est parfois utile et parfois elle ne sert à rien », tout à fait d’accord.

      « Ce n’est pas à une femme de choisir sa tenue en prévention » —> Ouf on est d’accord là-dessus.

      « Une femme ne doit pas ouvrir à 23h à un ex plan cul bourré »… Encore une fois je pense qu’ici on confond prise de risque et responsabilité d’un acte. Par exemple, si demain je vais dans un café et que je laisse toutes mes affaires à ma table le temps d’aller aux toilettes, et qu’en revenant je réalise qu’on m’a piqué mon portable… Oui, j’ai pris un risque en laissant mon portable sur la table. Pour autant, ce n’est tout de même pas moi la fautive. La personne qui est coupable reste le voleur. Techniquement si une personne agit conformément à la loi et est bien intentionnée, tu devrais pouvoir laisser ton portable n’importe où sans qu’on te le pique !…

      Pareil imagine qu’un collègue à toi se fasse renverser par un chauffard bourré alors qu’il était à vélo (dans son plein droit, en respectant le code de la route etc). Tu peux lui dire « bah oui mais si tu étais resté enfermé chez toi il ne te serait rien arrivé »… et ce serait exact ! Effectivement tu as moins de chances de te faire renverser en restant à la maison. Mais pour autant il ’n’est absolument pas responsable de cet accident, aucune responsabilité : zéro.

      Tu as l’air de sous-entendre qu’il y a toujours un moyen de se protéger d’une éventuelle agression. Je crois sincèrement que c’est faux. Et quant à ton idée d’éduquer les « victimes à être vigilantes »… c’est un peu mal vu parce qu’à l’heure actuelle tous les « pseudo conseils » qu’on donne aux femmes pour qu’il ne leur arrive rien sont des conseils qui visent les agressions par les inconnus (attention dans les bars, rentre pas seule, porte pas telle robe)… alors que dans la pratique la plupart des agressions souviennent au sein du couple ou du groupe d’amis !

      Bonne continuation !

      1. Je ne sais pas si je suis 100% d’accord avec Julien, mais je comprends l’esprit et j’y adhère.
        Mettre sur le même plan le traumatisme de s’être fait voler quelque chose et celui d’une agression sexuelle, c’est un peu limite. On discute apparemment ici pêle-mêle responsabilité, culpabilité, causalité, fatalité, naïveté… un peu trop mélangés.

        Le discours sur le victim-blaming est très juste, mais en amont, le plus important n’est-il pas d’empêcher que le crime survienne, avant de démêler toutes les responsabilités/culpabilités ?
        Là où je suis d’accord avec Julien, c’est qu’il faut éduquer pour stopper la naïveté et apprendre aux gens « comment ça se passe dans la vraie vie », la différence entre loi, libertés individuelles, et réalisme. Ensuite oui, en pleine connaissance de cause tu traces ta limite entre risques et libertés individuelle. France, on fait beaucoup de prévention pour lutter contre le tabagisme, mais on laisse aux gens la liberté de fumer. On sait que des gens en meurent. Pourtant on soignera quand même leur cancer (ce qui coûte très cher), la Sécu leur fera pas un gros pied de nez. Très injustement on trouve moins de gens pour « victim-blamer » Gérard qui a fumé 40 ans de sa vie et qui se retrouve avec un cancer du poumon qu’une fille qui se fait violer ou un braqueur qui se fait tirer dans le dos après être avoir dévalisé une bijouterie, c’est aussi ça la France…

        Il y a aussi l’auto-blaming, très courant dans les cas d’agression (a fortriori sexuelle), suicide d’un proche, renverser un piéton qui traverse sans regarder alors qu’on roule à 20km/h… On s’en veut de ne pas avoir empêché ce qui est arrivé, on échafaude des milliers de « et si… ». Le plus important et de rassurer la personne quand bien même elle est partiellement ou totalement responsable. Il y a toujours moyen de faire plus et il est impossible de savoir ce qui se serait passé si on avait fait ci et ça. Tu as fait de ton mieux pour empêcher ce qui est arrivé, tu n’es pas à blâmer (après, la justice peut en décider autrement, surtout dans le cas de l’accident de voiture…)

        Pour en revenir à l’exemple du portable
        « Techniquement si une personne agit conformément à la loi et est bien intentionnée, tu devrais pouvoir laisser ton portable n’importe où sans qu’on te le pique !…  »
        Il faut arrêter de vivre dans le monde des bisounours (expression consacrée). Partout sur terre il y a des gens qui ne respectent pas la loi du pays où ils vivent (bon, pour les portables il existe des pays où les gens sont généralement plus respectueux, mais pas en France).

        Dans la vraie vie, un sac à main ouvert dans une rame bondée du métro à l’heure de pointe, ça te place dans le top 3 des cibles des pickpockets. Si tu le fais inconsciemment et qu’ensuite tu ne retrouves plus ton téléphone, on sera désolé pour toi te dira de ne plus le faire. Si tu le fais consciemment en martelant « je suis dans mon bon droit, les pickpockets ont tort », c’est quand même de la stupidité et on peut blâmer les gens pour avoir été consciemment stupide, ou alors je vois pas bien comment l’humanité est censée s’en sortir…

        Tu peux aussi aller nager sur une place pleine de requins (ou de méduses). C’est ta liberté d’aller nager où bon te semble. On ira te secourir si tu as des problèmes. Et quoi qu’il arrive, on blâmera les requins (et on ira les buter).

      2. Je pense que beaucoup de gens font l’erreur de confondre les « analogies » et la mise sur le même plan. On peut faire des comparaisons avec quelque chose parce qu’on pense que c’est pertinent, à aucun moment ça ne veut dire qu’on pense que c’est la même chose. Si je dis que je suis rouge comme une tomate, j’ai très bien conscience de ne pas être une tomate… Il y a seulement un caractère commun : le fait d’être rouge. Si je fais un parallèle entre vol et agression, ça ne veut absolument pas dire que j’estime que c’est la même chose ou que c’est la même gravité, c’est juste qu’il y a des caractéristiques communes aux deux actes, c’est tout. Ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit, s’il vous plaît.

        Là où tu dis « en amont, le plus important n’est-il pas d’empêcher que le crime survienne ? »… Bien sûr, mais pour ça je te renvoie vers cet article qui nous donne les vrais conseils pour éviter un viol :
        https://sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com/2014/07/10/10-conseils-a-lusage-des-hommes-pour-eviter-le-viol/

        Dans ce que vous dîtes, j’ai encore l’impression que vous pensez que dans la plupart des cas, il y aurait un moyen de se prémunir d’un viol, si les victimes n’étaient pas si « naïves »… Mais encore une fois la plupart du temps le viol ou l’agression se font au sein d’un cercle connu, amis, proches, etc. Je ne suis pas certaine que cette « naïveté » dont vous parlez soit une réalité. Avez-vous entendu beaucoup de témoignages d’agressions ? Moi oui, et dans toutes celles qu’on m’a racontées (et celles que j’ai vécues), la victime n’a pas été naïve.

      3. Mais non ! Si tu restes enfermée chez toi, alors tu n’as pas évité que ton armoire et ton étagère en VERRE ne te tombent dessus durant le tremblement de terre. Tu aurais dû le prévoir et sortir quand le monsieur t’a prévenue. Enfin ! Oh ! (Et qui achète une étagère en verre ? C’est dangereux et de mauvais… bon, ok, pas de mon goût, navré.)*
        Fais comme moi et cesse d’exister, tu seras mieux lotie.
        Bizarrement on l’applique pas à l’agresseur… s’il veut pas que la victime réagisse mal (plainte, ou dans l’instant coups, mort de l’agresseur), on ne dit pas « il aurait dû le prévoir avant d’agresser et ne pas agresser », non, c’est toujours la victime qui aurait dû prévoir. (Une fille de ma connaissance qui avait assommé un type avec une barre en fer a passé un an en prison, une dame qui faisait un sondage sur ses croyances lui a dit qu’elle n’aurait pas dû vivre dehors, sauf que c’est pas un choix et qu’on se fait agresser dedans aussi. Entre autres.)
        *Cet utilisateur apprécie en réalité les meubles en verre.

      4. Bonjour,

        Je me permets juste de réagir en ce qui concerne le vol de téléphone. J’ai eu l’occasion de passer de nombreux mois à vivre au Japon, et je peux vous assurer qu’après un tel séjour vous avez plus que conscience de la liberté que l’on perd en France.

        Parce qu’au Japon, chaque sac, chaque téléphone, n’importe quel objet même de valeur peut être laissé à l’entrée d’un magasin ou sur une table d’un bar sans que personne n’y touche. Ca ne viendrait à l’idée de personne, et il n’est en aucun cas toléré de le faire. Ils sont donc bel et bien libres d’agir sur leurs affaires, sans avoir à prévenir le vol.

        Et c’est ce qui est je pense pointé dans cet article, le fait que la mentalité générale en France n’est pas la bonne. Je sais par exemple que je vais perdre cette liberté de ne pas avoir à passer de l’énergie dans une surveillance accrue de mes affaires, alors que pourtant je devrais y avoir droit.

        Lulu

      5. Hm, autant marcher sur la queue du chat c’est une analogie et je pense que tout le monde l’a compris, mais je ne crois pas exagérer tant que ça en faisant remarquer que tu présentes le « victim-blaming » en rapprochant les agressions sexuelles de situations de la vie quotidienne (« agression sexuelle, mais aussi pour un tas d’autres trucs »). J’invente rien, c’est dans la même phrase, c’est bien au même niveau, donc sur le même plan ! En lisant « c’est TOI qui tentes le pickpocket » je vois un rapprochement assez malvenu avec la victime qui « tentes » le violeur.
        Enfin, qu’on considère ça comme des comparaisons plus ou moins mises sur le même plan, je trouve que ça ajoute pas mal de confusion sur le victim-blaming : est-ce que toutes les situations sont à prendre « sur le même plan » ? Quelles sont les limites précises de « victim-blaming ». C’est une vaste question et c’est dur de s’en rendre compte rien qu’en lisant ton article*. On gronde bien un enfant pour avoir cassé un vase alors qu’il ne voulait que toucher les jolies fleurs.
        Par contre si on parle du victim-blaming dans le cas d’agressions sexuelles alors pour moi on touche à un autre registre. La gravité compte (c’est le cas en justice d’ailleurs).

        Ensuite, merci également de ne pas me faire dire ce que je n’ai pas dit ! L’essentiel de mon post était sur le victim-blaming et vaguement la notion de responsabilité, je n’ai pas parlé spécifiquement d’un contexte d’agression sexuelle (à part pour cette histoire de comparaisons). Ta réaction montre sûrement ce que je dis plus haut : parler du victim-blaming en général ou dans le contexte d’une agression sexuelle demande de prendre des pincettes, ou plutôt un argumentaire et une présentation, différentes, à mon avis.

        Bien sûr que la plupart du temps les agressions sexuelles sont commises au sein d’un cercle proche. Les gens ont tendance à penser que, même si une personne a l’ascendant (psychologique ou autre) sur toi, ta liberté absolue fait que tu pourrais dans tous les cas refuser tout ce que tu ne désires pas. Et ça fait longtemps qu’on a prouvé que c’était faux (cf Milgram). Le viol conjugal a encore beaucoup de mal à être considéré comme tel, et les agressions sexuelles dans le cercle familial, y compris quand cela concerne des enfants (!), toujours tendance à être étouffées de l’intérieur. Le viol est d’ailleurs souvent considéré comme une action violente (agression sexuelle).
        Je donne un autre exemple (réel, je précise). Une escort girl indépendante, exerçant ce métier par choix, dit : si vous me payez moins que ce que vous me devez, ou avec de la fausse monnaie, c’est un viol.
        Ce qui est très clair : on peut avoir une relation sexuelle, s’amuser, le consentement ne viendra que du fait que tu me rémunères à la hauteur de ce que je demande.
        Bien souvent malheureusement, les travailleuses du sexe se retrouvent dans l’impossibilité de porter plainte lorsqu’elles sont victimes d’agressions. Et le « grand public » les considère comme des putes et que si elles ne veulent pas risquer cela elles n’ont qu’à pas exercer ce métier…

        *au demeurant plutôt bien fait (oui je m’attarde sur les points que j’ai à reprocher, désolé on fait tous ça 😉

      6. Oui en fait je pense qu’on est d’accord sur pas mal de points finalement.

        Cela dit, vraiment, je t’assure, mettre deux choses dans la même phrase ne veut pas dire que c’est de la même gravité. Si je dis « le viol, le crime et le vol de téléphone portable sont punis par la loi » ça veut juste dire que ces trois choses sont punies par la loi, ça ne veut pas dire qu’elles sont identiques ou qu’elles ont les mêmes conséquences. Encore une fois les différents exemples que je donnais étaient bien du victim-blaming… Il ne faut pas en tirer la conclusion que « c’est la même chose, c’est grave pareil », c’est juste le même biais cognitif qui nous pousse à accuser la victime dans tous les cas, c’est tout ce que je voulais dire.

        Et oui pour moi dire à quelqu’un qui téléphone avec le dernier iPhone qu’il « tente le voleur » c’est le même processus cognitif que de dire à une femme qui porte une jupe courte qu’elle « tente l’agresseur » (pour autant, je ne considère pas ces 2 actes équivalents, comme tu l’as bien compris)

        * Merci ! 🙂

        A une prochaine sur le blog !

      7.  » C’est impossible que le chat, à la fois « n’y sois pour rien » et à la fois « aurait pu l’empêcher », ce sont deux phrases contraires. Donc y a déjà un petit souci à ce niveau-là. »
        Non non, il n’y a pas de souci. Je prends un autre exemple. Si je traverse la route au passage piéton quand le petit bonhomme est au vert et qu’un chauffard grille le feu rouge (volontairement ou par inadvertance) et me fonce dessus. Je peux décider d’être en alerte et même si je suis complètement dans mon bon droit d’éviter la voiture pour ne pas être victime (et je risque d’insulter le chauffard… je suis un peu sanguin face à ce genre d’actions), ou décider de ne pas regarder la route que je croise parce que je suis dans mon droit et que si je me fais renversé ça ne sera pas de ma faute.

        Donc oui, on peut être victime non responsable, mais avoir les moyens de se protéger.

        « Encore une fois je pense qu’ici on confond prise de risque et responsabilité d’un acte. »
        Pas une seule fois, je n’ai, ne serais-ce que, sous entendu que la victime est responsable. Je parle de capacité à se protégé.

        Et sous entendre qu’il n’y a pas de choses à faire pour ce projeter parce qu’on est pas responsable, c’est prendre le risque que ça se reproduise alors qu’on peut l’empécher.

        « Tu as l’air de sous-entendre qu’il y a toujours un moyen de se protéger d’une éventuelle agression. »
        Non non, je n’ai pas sous entendu ça. Je dis que ce n’est pas parce que la protection ne protège pas de tout qu’il faut la retirer. Et je dis que la question du bien fondé de la protection est plus autour de la quantité de liberté qu’on doit y laisser que de l’exhaustivité ou par à protéger.

        Pour expliquer mon point de vue. Y’a deux cas concrets ces derniers temps :
        https://www.facebook.com/photo.php?fbid=699508560196921&set=a.145096028971513.34405.100004133503109&type=3&permPage=1
        – la demoiselle qui avait enflammé Twitter en début d’été parce ce qu’elle s’était rendu compte qu’elle avait été violée par un ex-plan cul à qui elle n’avait pas osé dire non.

        Dans les deux cas, je ne remets pas une seule seconde en question la souffrance des victimes, ni le fait que sur le moment elle n’ont pas sur faire autrement. Par contre, je peux qu’il y a des enseignements à tirer qui peuvent servir à d’autres :
        – la toulousaine c’est que répondre à la violence par la violence ne peut engendrer que de la violence
        – la twitta, c’est que quand on a un ancien plan cul bourré qui sonne à la porte à 23h et qu’on est en nuisette, il n’y a AUCUNE raison de lui ouvrir.

        Et dans les deux cas, j’ai été copieusement insulté, juste parce que j’ai essayé de dire que je compatissais avec les victimes MAIS qu’il y avait moyen d’agir si ça se reproduisais. Et la justification à ces insultes, c’est que comme ce sont des victimes, à part s’apitoyer de lors sort il ne fallait rien faire d’autres.

        Et bien je pense que l’apitoiement joue contre le discours de féminisme et de défense du droit des femmes qui est mis en avant.

        Donc pour conclure et revenir au sujet de départ.
        Le cas de ton chat est trop caricatural à mon sens. Et donc pour revenir à mon exemple de la personne renversée par un chauffard. Une fois la personne soignée, on va lui prodiguer deux conseils :
        1- Portez plainte contre le chauffard. Vous êtes victime, vous avez droit à réparation.
        2- Faites attention quand vous traversez même si le bonhomme est vert. (et on ne va pas lui conseiller de rester chez elle qui serait une privation de liberté bien inadaptée à la prévention qu’on veut mettre en face)

        Désolé pour la longueur du message, et merci à ceux qui m’auront lu 😉
        En tout cas, c’est agréable pour une fois d’avoir un peu de débat, et de pas me faire insulter. Merci 🙂

      8. Hey, d’abord merci d’avoir développé ! Ce sont des sujets assez délicats pour moi, j’ai moi même subi le victim-blaming à maintes et maintes reprises et ça ne fait vraiment pas du bien… Donc pas facile d’en débattre calmement et posément, mais j’essaie parce que c’est intéressant. 🙂

        Je vois ce que tu veux dire. Plusieurs réponses :

        Pour le fait que l’exemple du chat soit caricatural… Oui, c’est exact. C’est tout à fait conscient. Le format « BD » en une planche comme celle-ci n’autorise pas à émettre énormément de nuances, donc j’ai fait exprès de choisir ce cas caricatural pour qu’il parle aux lecteurs – mais je comprends que ça te gêne, faut juste faire avec, désolée ! 😛

        Je suis d’accord avec toi sur cette idée générale : « le fait de vouloir absolument éviter de culpabiliser la victime ne doit pas avoir pour conséquences qu’on ose plus parler des moyens de se protéger »… J’y pense souvent quand une femme raconte qu’elle se fait harceler alors qu’elle portait une robe et des talons. Y a plusieurs choses :

        -Si elle se fait harceler et qu’elle portait une robe et des talons, ce ne sera quand même pas de sa faute.
        -Elle peut très bien se faire harceler si elle porte un jean et des baskets
        -Peut-être qu’il y a + de risques qu’elle se fasse harceler si elle porte une robe et des talons.
        -En admettant qu’on soit sûrs qu’il y a plus de risques, alors effectivement ce serait dommage de vouloir faire semblant « non t’inquiète, peu importe tes fringues, ça change rien ! » alors que si elle avait cette info elle aurait un moyen de se protéger.
        -Par contre, en admettant qu’elle sache qu’il y a un risque, et qu’elle continue à le faire… Pour moi c’est un risque individuel pris pour une liberté collective. Plutôt que de la trouver naïve et imprudente, moi je la trouve courageuse, je trouve que c’est une forme de militantisme en fait.

        Enfin il y a un dernier point qui me paraît intéressant : c’est le moment choisi pour parler de « prévention ». Les moments qui suivent une agression, pour moi, ne sont jamais de bons moments pour parler de ça. Dans les articles que j’ai partagés en source, ils expliquent bien que quand tu viens de subir quelque chose comme ça tu as déjà tendance à tout interpréter comme si c’était de ta faute, tu cherches ce que tu as à te reprocher… Donc pour moi si tu vas voir le mec qui s’est fait renverser au feu vert, et que tu lui dis : « pense bien à être vigilant la prochaine fois », ça va vraiment avoir un impact très négatif pour lui et il va vraiment entendre « c’est de ta faute ce qui s’est passé ». A la limite qu’en parallèle tu lances une campagne de prévention pour rappeler à tout le monde d’être attentif sur la route… Et encore, moi si je devais lancer une campagne de prévention dans ce cas-là ce serait plutôt « ne grillez pas les feux ».

        C’est un peu comme si tu sortais de chez toi, un mec arrive et te met un gros coup de poing dans le ventre, et quand tu arrives à l’hôpital on te dit « oui vous pouvez porter plainte mais bon vous n’avez jamais fait de self-défense ? ça existe les gens dangereux vous savez »… Pas sûre que ce soit approprié, ni que ce soit ce que tu aies envie d’entendre – et certainement pas à ce moment précis où tu es déjà vulnérable.

        Enfin je ne prétends pas avoir LA réponse à ces questions mais j’y réfléchis beaucoup en ce moment, donc dans tous les cas merci d’apporter des bouts de réflexion à ce débat ! 🙂 Bonne semaine !

      9. @Lulu : oui, je pensais également au Japon, pour les « pays où les gens sont généralement plus respectueux ». Malheureusement, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, bien qu’il y ait clairement des pays plus respectueux des libertés (ne pas me faire dire ce que je n’ai pas dit, on est mieux en France ou au Japon qu’en Corée du Nord, on est d’accord).
        Mais au Japon, la pression sociale, le poids des traditions et de valeurs telles que l’honneur et la réputation fait que tu es énormément jugé sur ton style de vie (aux yeux de la société, bien sûr si tu fais partie d’un groupe plus indépendant ou « marginal » c’est différent). Donc le temps que tu gagnes à ne pas surveiller ton portables, tu le perds peut-être un peu plus à t’efforcer d’être respectable, si tu veux être accepté par la société ?

        @dansmontiroir : je me permets juste un dernier commentaire, comme j’estime que c’est important. Sinon, après, on pourra toujours dire qu’on est en désaccord, ça arrive !
        Donc, pour moi, tu prends un parti dangereux quand on parle de ce genre de choses publiquement : tu présupposes que tout le monde fait la différence entre les différents cas dont tu parles, en ce qui concerne la victim-blaming, la gravité etc. Les différents cas évoqués ont des différences fondamentales : leur gravité, leurs implications et conséquences… on est d’accord ! Le reste de l’article appuie bien sur ce qui est important d’ailleurs. Et surtout je pense (heureusement !) que la majorité des lecteur.ice.s ici connaissent et savent faire la différence, mais à mon humble avis il ne faut jamais en faire une généralité.
        Mettre des éléments à la suite dans une même phrase, grammaticalement, ça les met au même niveau. Ça, c’est factuel ! « ça ne veut pas dire qu’elles sont identiques ou qu’elles ont les mêmes conséquences », ça, tu l’expliques dans les commentaires. Mais il faut toujours faire attention, et à mon avis*, la façon dont les choses sont présentées est primordiale. En parlant avec des jeunes (ou en les écoutant), tu peux vite te rendre compte que la différence, ils ne la font pas. Comment tu leur expliques que les comportements des mecs dans certains clips de rap, en vrai ça se rapproche de harcèlement ou d’attouchements (sans parler des paroles) ? Quand ils voient un film où d’un côté l’histoire est ancrée dans le réel, mais où les filles sont promptes à adopter un comportement « aguicheur » voire sexuellement très explicite, comment est-ce que tu expliques a posteriori que non, ce n’est pas représentatif, si des choses peuvent être vraies dans ce film tout ne doit pas être pris pour la réalité ?
        En lisant des témoignages de jeunes (mineurs, < 15 ans même) accusés de viol, on se rend compte qu'ils reproduisent un modèle qu'ils pensent être acceptable dans la réalité, mais qui ne l'est pas.
        C'est là où tu vois juste en confrontant la "naïveté" à ce qu'il faut dire aux naïfs (jeunes, ou moins jeunes), les fameux conseils pour leur apprendre les différents niveaux de gravité (plus tout un tas de trucs utiles) dans le monde réel, à faire la différence.
        Mais tout aussi important également selon moi*, essayer au mieux de montrer clairement dans la façon dont tu présentes les choses, quelles sont les différentes réalités mises en perspectives, comment se comporter face à chacune d'elles.
        N'étant pas réalisateur de film à gros budget, ni même dessinateur de blog, c'est pas gagné :/

        Merci encore et bonne continuation sur ton blog !

        *encore une fois ! j'exprime peut-être trop mon avis 😉

      10. Oui c’est vrai que dans la plupart des cas je suis plutôt d’accord avec toi en fait. Effectivement, si je tiens un discours qui est lu par pas mal de gens il vaut mieux essayer d’éviter au maximum les incompréhensions. Même si c’est évident pour moi ça ne l’est pas nécessairement pour n’importe quel lecteur. J’y penserai dans les prochaines planches. Merci pour le ton calme de ton commentaire et ne t’en fais pas, je n’ai pas mal pris le fait que tu donnes ton avis ! 🙂

        Bonne continuation à toi aussi !

      11. Le débat est super intéressant, donc je reste 😉

        « J’y pense souvent quand une femme raconte qu’elle se fait harceler alors qu’elle portait une robe et des talons. »
        Le cas de la tenue, je pense qu’on est d’accord sur ce point. Une femme, tant que sa tenue n’est pas contraire aux mœurs (échelle de valeur qui change avec les époques, donc c’est sensible, je le concède), ne devrait JAMAIS avoir à se demander si ça tenue est risquée ou pas.
        Cependant, va en mini-jupe à sein du mirail (je suis toulousain, donc je fais avec les quartiers que je connais), à la tombée de la nuit, et ça devient de la bêtise. Alors, oui la bêtise peut être militante, mais ça n’empêche que c’est bêtement dangereux.
        Et le militantisme ça se doit d’être intelligent.

        J’aime bien faire le parallèle entre le féminisme et l’écologie, deux courants militants où on se pose la question tous les matins de pourquoi on doit se battre pour des choses qui paraissent aussi logiques et sensées. Ben l’écologie est passée d’un mode de militantisme assez bête et extrémiste dans les années 80 à un militantisme intelligent. Et depuis il est bien plus fort dans les habitudes des français. Quand je parle d’intelligence, ce n’est pas un jugement de valeur, mais plutot sur les modes d’actions : se poser par exemple la question du risque pour que l’action militante ait un risque adéquat avec l’impact que peut avoir l’action, ou encore chercher à comprendre les codes de la communication publique pour s’appuyer dessus dans sa forme de militantisme.

        Or, je pense que la mini-jupe le soir au Mirail, le risque est bien trop fort comparé à l’impact que ça peut avoir si ça se passe bien. (en fait aucun impact parce que si ça s’est bien passé c’est que personne ne l’a remarqué).

        « Les moments qui suivent une agression, pour moi, ne sont jamais de bons moments pour parler de ça. »

        Alors là, je suis 100% d’accord.
        Mais les deux derniers faits qui m’ont énervé et que j’ai cité plus tot, sont deux faits où les deux demoiselles en ont parlé sur les réseaux sociaux ! LES RESEAUX SOCIAUX quoi ! LE media où ça part complètement en sucette. Dont à partir du moment où elles ont décidé décidé d’elle même de la médiatiser, je pense qu’on peut se permettre d’être dans l’étape de l’analyse. Sinon, elles peuvent attendre le temps de cicatriser au moins les plaies physiques avant de le médiatiser. Ou de pas le médiatiser de façon aussi brut, et préférer passer par des associations qui conseilleront sur la meilleur façon de le médiatiser.

      12. Juste sur le point « tant que sa tenue n’est pas contraire aux moeurs »… Mmh bah à la limite même si sa tenue était contraire aux moeurs ce ne serait pas une raison pour qu’elle se fasse agresser, non ? A la limite demain je sors à poil dans la rue, ça ne donne pas le droit à qui que ce soit de m’agresser ? (tu peux appeler la police pour me dénoncer si tu veux, mais ça ne devrait pas être « risqué » pour moi, tu vois ce que je veux dire ?)

        Après pour ce qui est du débat sur la bêtise militante, je suis partagée… Je suis vraiment pour le libre choix, je pense qu’il y a des gens qui vivent leur militantisme comme ils le souhaitent. Tu peux penser que c’est pas stratégique, que toi tu t’y serais pris autrement… Mais pour moi c’est leur vie, c’est à eux de décider.

        « Le militantisme se doit d’être intelligent »… Franchement je ne crois pas ! Le militantisme ça ne « se doit » d’être rien du tout, pour moi. C’est juste manifester sa colère contre quelque chose, exprimer le désir que quelque chose change. On l’exprime à sa façon, il n’y a pas un « devoir du militant » ?

        Après libre à chacun de chercher à avoir de l’impact, d’avoir envie d’être efficace, de mettre en place des stratégies… Mais ce n’est pas une obligation, c’est à chacun de voir !

        Pour les deux cas dont tu parles, je ne me prononce pas parce que je n’ai pas suivi l’affaire et je n’ai pas le temps de m’y plonger en détail. Moi je parle plutôt (dans mes BDs) des cas où l’on se confie à quelqu’un, plutôt à des personnes proches. Et du cas hypothétique de ton bonhomme qui s’est fait renverser au feu vert aussi !

        Mais bon c’est chouette finalement nos avis ne sont pas si opposés que ça 😉

      13. « A la limite demain je sors à poil dans la rue, ça ne donne pas le droit à qui que ce soit de m’agresser ? »
        Tu as raison, je précise.
        Non ce n’est pas une raison pour agresser la personne. Mais oui, à poil, une personne peut être poursuivie pour atteinte à la pudeur.
        C’est là où je mets la limite : la loi.
        Sachant que l’atteinte est la pudeur est dépendante du contexte (en maillot à la plage ok, en maillot dans la rue sans raison apparente, pas ok). Donc c’est à la justice de décider si le contexte est adapté ou pas, pas à un individu seul.

        « Je suis vraiment pour le libre choix »
        Attention, je ne me pose pas en juge du choix que chacun fait. Tu as complètement raison, c’est un choix individuel du mode de militantisme. Je dis juste que de mon point de vue, je trouve ce militantisme là contre productif.

        « C’est juste manifester sa colère contre quelque chose »
        La colère ne fait avancer les causes que dans le cadre d’un changement radical (une révolution), pour tous les changements progressifs et qui prennent du temps, la colère ne fait qu’opposer les gens entre eux et ne travaille pas à la pédagogie.

        « c’est à chacun de voir ! »
        C’est évident !

        « Mais bon c’est chouette finalement nos avis ne sont pas si opposés que ça😉 »
        C’est à ça que sert le débat, à se confronter pas à s’affronter 😀

      14. Oui pour le premier point, c’est juste que tu parlais d’une femme qui se demanderait si sa tenue était « risquée », donc pour moi tu parlais plutôt d’une agression que de quelqu’un qui porterait plainte pour atteinte à la pudeur.

        Après oui de ton point de vue tu peux avoir des idées sur ce qu’est un militantisme productif ou contre productif mais ensuite c’est à chacun de voir dans quel but il fait ça. Si ça fait du bien à la personne, d’une certaine façon c’est quand même « productif » non ? 🙂 Mais je vois ce que tu veux dire, j’ai aussi globalement tendance à prôner la pédagogie, la bienveillance et la patience, mais j’ai conscience qu’il existe des tas d’autres moyens – dont certains sont sûrement aussi efficaces. Et puis en vrai c’est très dur d’estimer l’efficacité d’un moyen. Par exemple avant de devenir végétarienne j’avais tendance à dire « ouais les vidéos d’abattoirs ça sert à rien, c’est pas comme ça qu’il faut faire, vaut mieux y aller doucement, expliquer aux gens qu’ils peuvent se passer de viande etc »… Et au final les vidéos de L214 ont attiré d’un coup les projecteurs sur la cause animale et lui ont donné une visibilité énorme, ça a sûrement été hyper productif ! Donc parfois faut se méfier parce qu’on va avoir tendance à dire qu’une méthode est « moins productive », peut-être simplement parce qu’elle nous séduit moins, nous… Encore un biais cognitif ? 😉

        Et quand tu dis que la colère ne fait avancer les choses que dans le cadre d’une révolution… Est-ce que ce ne sont pas de petites révolutions que nous sommes en train de chercher à mettre en place ici, finalement ?

        Ravie de cette « confrontation », alors ! 🙂

  5. Il ne faut pas confondre responsabilité et culpabilité, on est responsable (consciemment ou inconsciemment de tout ce qui nous arrive) mais pas pour autant coupable (qui induit l’idée d’une punition méritée), m’enfin je ne vais pas rentré dans la spiritualité (et la philosophie) ici…

    1. C’est marrant ta remarque « il ne faut pas confondre responsabilité et culpabilité »… Quelle nuance fais-tu entre les deux ?

      Dans le Larousse, quand tu regardes à « responsable », il y a écrit : « qui est l’auteur ou le coupable de quelque chose et doit en supporter les conséquences »…

      1. À mon avis, il faisait la distinction entre responsabilité causale et morale.

        Et là pour le coup, elles sont distinctes. Tu fais toi-même correctement le distinguo dans tes exemples : « ça ne serait pas arrivé si la personne n’était pas sortie de chez elle » – responsabilité causale. « Ce n’est pas pour autant de sa faute » – responsabilité morale.

        Et je pense qu’on peut déduire suivant le contexte qu’il utilise responsabilité pour responsabilité causale et culpabilité pour responsabilité morale.

  6. Yep. J’ai eu droit au victim blaming en thérapie – qui l’eut cru, eh oui. (Centre de thérapie gratuit donc therapeutes en formation mais quand même).
    « Vous ne l’avez pas empêché »
    « Non j’étais extrêmement ivre à la fin de cette fête chez moi et je me suis couchée tant bien que mal pour dormir – il m’attendait dans mon lit et je ne comprenais rien à ce qui se passait. »
    « Mais vous êtes aussi responsable que lui, personne ne vous a forcée à boire ou à vous allonger »
    Ah ouais quand meme.
    Ces seances m’ont plus descendue que l’agression.

    1. Horrible ! Moi j’ai eu tout le contraire, j’essayais d’expliquer à ma psy pourquoi j’étais responsable, comment j’aurais pu me protéger, ce que j’aurais pu faire… Et elle m’a regardé droit dans les yeux et elle m’a dit : vous n’avez absolument AUCUNE responsabilité dans ce qui s’est produit, et elle me l’a répété plein de fois jusqu’à ce que je comprenne et que je fonde en larmes, et après ça seulement j’ai réussi à prendre mon courage à deux mains et aller voir la police etc. Donc c’est clair que ça peut jouer un rôle majeur dans la façon de traiter le traumatisme !… Merci pour ton témoignage et désolée pour ce qui t’est arrivé.

      1. Merci et désolée également que cela te soit arrivé. Oui, j’avoue que j’attendais mieux de la part d’une thérapeute et je suis contente de lire que certains font bien leur travail, c’est crucial.

        C’était pas évident d’en parler déjà à la base. Heureusement j’ai eu le soutien de mon homme et d’une amie proche, qui m’ont permis de ne pas trop me laisser désarçonner en général – mais j’ai tout de même eu de gros moments de doute, parce que cette dame a exploité justement cet aspect qui fait qu’on se demande ce qu’on aurait pu faire, et pourquoi on ne l’a pas fait, etc. Je la sentais presque trop impliquée personnellement. En plus en général je suis très « responsable » donc ces questions m’ont donné pas mal d’insomnies.

        Et j’ai aussi beaucoup potassé (avant tout ça) les concepts de culpabilité et de responsabilité (on a responsabilité de soi, oui, mais quand bien même), qui sont certes différents mais qu’il faut savoir laisser de côté lorsqu’il s’agit d’agressions sexuelles, que RIEN ne justifie. En effet, pour le chat, il était là et l’auteur passait par là, sans INTENTION, elle allait dans la cuisine, c’est tout. Un agresseur prend une décision. Attend un moment de vulnérabilité, qu’on a tous, quelles que soient les mesures protectives que l’on prend d’habitude et notre propension à éviter les situations « à risque ».
        On peut penser qu’il n’arrive rien à ceux qui qui font tout bien, mais c’est archi faux. Quant à la responsabilité consciente ou inconsciente, spirituellement c’est intéressant mais lorsqu’une personne arrive blessée dans son être par les actes d’un autre et epuisée de ne trouver aucun soutien c’est ptetre pas le meilleur moment de se lancer là dedans.

        Bref. Pour en revenir à l’article (pauvre Django ^^), c’est un mécanisme fascinant et horrible, le victim-blaming. Etre du côté victime et avoir deux amies prendre automatiquement la défense de l’agresseur (sans rien savoir!) et minimiser l’acte m’ont assommée, j’avais vraiment la sensation d’un automatisme, elles ne voulaient pas de ça dans leur réalité, comme tu l’écris, si c’est arrivé c’est qu’il doit avoir de bonnes raisons (WTF) ou que j’ai merdé (boire à une fête chez moi entourée de gens que je connaissais et en qui j’avais malheureusement confiance, une erreur certes mais on peut pas parler de risque incroyable).
        Suite à cela j’ai complètement revu mon comportement d’écoute lorsque d’autres se confient à moi. Donc ya du bon là dedans j’imagine.

        Anyway, merci pour cet article, il fait du bien.

      2. Oui c’est fascinant de voir des ami-e-s et des proches prendre la défense de l’agresseur et chercher d’emblée à trouver ce que TU as mal fait pour que ça t’arrive… Je crois que pour ma part ça a été plus violent que la tentative d’agression en elle-même !… :/ Merci pour ce témoignage et pour ta fidélité sur le blog. A tout bientôt pour de nouveaux articles !

    2. J’ai eu le même genre d’expérience avec la première « psy » que j’ai été consulter. Y’a vraiment trop de « psy » qui sont de véritables dangers publics… et le pire c’est qu’on est, la plupart du temps, pas en état de les signaler… :/
      Contente pour toi que tu as pu utiliser cette horrible expérience pour t’enrichir.

  7. Très intéressant billet.

    Et moi, c’est aux violences policières qu’il m’a fait penser. A ces manifestants gazés, matraqués, flashballés, auxquels le pékin lambda reproche simplement d’avoir été là, au lieu de rester bien sagement devant le journal télévisé à écouter Pujadas causer des « casseurs »…

    Je précise : il m’est arrivé aussi de marcher sur la queue d’un de mes chats, et j’ai eu exactement la même réaction idiote, avant de culpabiliser un max pour l’avoir engueulé… 🙂

    1. Oui c’est intéressant la réflexion sur les violences policières, même si là je pense que ça dépasse encore un peu le cadre du victim-blaming… Enfin ce que tu dis à propos des « casseurs », là je pense qu’on sort du victim-blaming et qu’on entre dans d’autres biais cognitifs pour décrédibiliser des causes. Tu connais ce truc sur les moisissures argumentaires ? : p

      http://cortecs.org/wp-content/uploads/2014/01/CorteX_Monvoisin_Antczak_Recueil_18_argumentaires_moisis.pdf

      Sinon ahah pareil pour le chat, j’ai eu un gros bug et je l’ai regardé en me disant « merde je viens de faire du victim-blaming ! »…

    2. Gavroche, ça m’a également fait penser aux violences policières. On m’a clairement dit, mots pour mots « si tu ne voulais pas te faire frapper, t’avais qu’à rester manger des chips devant ta télé ». ça sent le troll, mais ça ne l’était pas.
      encore hier j’ai lu.. « la police l’a tué? bien fait, il n’avait qu’à obtempérer » pfiou…

      Bon, la prochaine fois que je marche sur la queue de mon chat, je ne lui râlerai pas dessus et j’lui présenterai mes excuses. En revanche, je vais y réfléchir, par rapport à mon chien qui se couche juste derrière mes pieds (et très discrétement) lorsque je fais quelque chose … 😉

      merci en tous cas pour cet article..

  8. Merci pour ce texte clair et étudié. Je vais y référer dans le futur pour expliquer le victim blaming. Je tiens un blog spécialisé auto-stop au féminin, tu peux imaginer que ça revient souvent… Que ce soit parce que je parle de conseils de prévention ou de soutien à la victime, le sujet est vif et le réflexe vient vite de tenter de chercher une explication logique qui fait que l’autre ait vécu un truc et que nous, ça ne nous arrivera pas.

    Mais il ne faut pas que la correction de ce biais nous empêche de parler de prévention auprès des victimes non plus… Et en temps que féministe (qui fait du stop, qui le voit comme une situation de gestion du risque), on se retrouve vite entre l’arbre et l’écorce quand on veut analyser les principaux facteurs de risque et en dériver des conseils…

  9. Il n’y a jamais de victim-blaming quand c’est un pauvre mec qui se fait agressé et voler ses trucs en rue. Le soucis est que dans l’incompréhension de comportements d’autres êtres humains, la victime va très souvent se blamer elle-même (homme, ou femme) en se posant des questions sur sa manière d’être, de s’habiller, de son ‘comportement en rue’, etc.

    Par ailleurs, la réalité c’est juste que cette personne se posant toutes ces questions, est en général une bonne personne avec un bon cœur, et que les personnes qui sont chelous à venir te les briser en rue méritent une bonne tarte dans la tronche.

    Le victim-blaming sur les filles et les femmes est complètement stupide, mais il ressort un peu de nos différentes cultures, essayant de juger tel ou tel port de vêtement.

  10. J’ai une petite réflexion, qui personnellement me perturbe, si autant le reste, je peux comprendre et ça me semble plutôt plus réfléchis que ces personnes hystériques qui ne prennent même pas la peine de faire différence entre compliment et insulte… Autant la reflexion sur le « fais attention à toi », ça me semble étrange. Parce que .. je sais pas, moi si on me dit « fais attention à toi » je prend ça bien, parce que je sais que la personne s’inquiète pour moi, et qu’elle ne veut que mon bien. A un moment, peut-être qu’il faudrait savoir faire la part des choses et ne pas se vexer quand des personnes te dise des choses avec bon coeur… J’ai eu des antécédents et un SSPT pour autant je pense pas que je me serais sentie agressée par un ami qui me dit une chose pareille.. fin je sais que tout le monde est fait différemment mais si vraiment ça dérange quelqu’un, la personne pourrait lui dire ? Je suis peut-être naive mais le genre de personne qui disent ça, ce sont des amis, ou des personnes qui s’inquiètent assez pour toi pour te dire ça… Plutôt que d’interdire cette phrase qui est a la base dite gentiment… C’est comme vouloir dire au gens de ne plus demander « ça va » parce que certaines personnes n’aiment pas cette question, je trouverais ça triste si un ami n’osait plus me demandait comment j’allais car on lui a dit qu’il ne fallait pas le dire…. (je sais pas si c’est ultra clair mais voilà ^^’)

    1. Coucou,
      Merci pour tes réflexions et ton commentaire, je vais essayer d’y répondre.
      Moi personnellement ça m’est arrivé cette histoire. J’ai subi une tentative d’agression sexuelle et une de mes meilleures amies était hyper désolée pour moi et elle m’a dit « mais il faut que tu fasses attention à toi… », et elle l’a vraiment dit pour être gentille. Alors moi je me suis demandé : mais ça veut dire QUOI ? comment je suis sensée faire attention à moi ? Est-ce que ça veut dire que j’aurais dû me comporter autrement ?

      Cette petite goutte d’eau est venue s’ajouter à toutes les autres remarques de victim-blaming que j’ai récoltées à ce moment-là et c’était horrible. Et quand tu dis « ce sont des amis, ils veulent notre bien »… Oui c’est vrai, et justement c’est peut-être ça qui est le pire dans l’histoire ! C’est justement parce que c’était une amie très précieuse que je me suis dit « si elle, elle me dit ça, ça veut forcément dire qu’il y a quelque chose que j’ai mal fait »… Quand j’en ai parlé en séance avec ma psy on a dû passer beaucoup de temps sur cette phrase pour que j’arrête de dire que c’était ma faute, après j’en ai reparlé à mon amie et elle a très bien compris et je pense qu’elle ne dira plus jamais quelque chose du genre.

      Pour ta comparaison avec le fait de demander « ça va ? », c’est pas pareil je trouve. Le « ça va ? » n’est pas culpabilisant, ça n’insinue rien, ça n’insinue pas que tu aurais pu faire quelque chose pour empêcher ce qui s’est passé etc. … « Fais attention à toi » ça veut dire que tu es responsable d’assurer ta sécurité, ce n’est pas rien comme message quand on creuse un peu.

      D’autant que dans le cas d’une agression sexuelle, la personne sera déjà dans une optique d’auto culpabilisation, d’emblée tu as déjà le réflexe de te demander ce que tu as mal fait… alors de petites phrases très anodines comme celle-ci peuvent vraiment faire du mal, surtout si elles viennent d’ami-e-s proches.

      Après en règle générale dans la vie quand les autres font quelque chose qui te fait du mal, tu as toujours deux options : prendre sur toi et ne pas en parler / ou si c’est important, essayer d’en parler aux autres pour les inviter à se poser des questions – et ensuite à eux de voir s’ils changeront leurs comportements ou non.

      Moi j’ai plutôt envie d’opter pour la 2e option, au moins les gens qui auront lu la BD réfléchiront quand ils diront « fais attention à toi », après s’ils ont toujours envie de le dire c’est leur problème… mais ils auront conscience que ça peut être interprété sous cet angle. 🙂

      (Et si si c’était assez clair ton commentaire ! Ne t’en pas fais 😉 Je vois bien où tu veux en venir)

      1. Bonjour,
        La grande différence commence ici : « Ca va ? » est une question, alors que « fais attention à toi » est un conseil … voire un ordre … en tout cas une injonction.

  11. Mêmes mécanismes de victim blaming en matière de racisme.

    Avec en plus derrière la protection du groupe et des privilèges associés du groupe qui bénéficie de la discrimination systémique.

    Solution? Ne plus aborder la question avec des personnes non déconstruites et/ ou de mauvaise foi. On les repère désormais très vite.

    1. Oui tout à fait d’accord Chris, moi je m’adresse plutôt aux personnes qui ne sont pas « déconstruites » mais qui ont envie de comprendre et qui sont prêtes à changer, parmi mes ami-e-s y en a qui ont très bien compris et qui ne réagiront plus comme ça désormais, c’est chouette quand le message passe ! 🙂

      Mais effectivement il y a des gens avec qui ça ne sert même plus à grand-chose d’aborder le sujet… C’est un peu triste mais ça évite de trop gaspiller son temps et son énergie. En tout cas merci pour ce commentaire et à bientôt sur le blog !

  12. Désolé il fallait absolument que je commente pour l’exemple du chat 😀
    Quand t’as un pauvre chat entrain de manger tranquille qui laisse traîner sa queue par terre, d’accord.
    Mais quand t’as un pot de colle qui passe son temps à rester dans tes pieds pendant que t’essaie d’avancer, la il cherche quand même ^^;

  13. Bonjour.
    Tout d’abord, merci pour cette petite illustration en BD d’un comportement qui nécessiterait d’être connu de tous.
    Je suis un homme et récemment, une fille que je ne connais que via internet (jamais rencontré en personne), est venue se confier à moi en disant que « pendant une réunion, un client en avait profité pour lui mettre une main au fesse ».
    J’avoue avoir, pendant l’espace d’une seconde, pensé lui répondre une phrase idiote du style « mais t’étais habillé comment ? ».
    Heureusement, j’avais récemment lu une BD un peu similaire à la votre (mais qui traitait uniquement de l’impunité des stars face aux plaintes pour harcèlement sexuel et que le public/journaliste avait tendance à chercher des fautes à la victime). La magie de la communication « instantanée », c’est que je n’étais pas en face de cette personne et j’ai pu donc, m’accorder quelques secondes de réflexions.
    J’en ai conclu que :
    1/ Si elle m’en parlait, c’est qu’elle me faisait confiance (pas facile d’aborder ce type de sujet),
    2/ Elle avait probablement peur d’en discuter avec son « entourage réel » (de crainte des réactions).

    Je ne sais pas si mon comportement était le bon, mais, vu qu’elle m’avait indiqué qu' »elle n’avait pas pu vraiment protester comme elle l’aurait souhaité car c’était un client important et qu’il y’avait son propre patron dans la salle et qu’elle ne voulait pas être retenue coupable si le contrat n’était pas signé à cause de ça », je lui ai conseillé de :
    1/ discuter avec son patron de l’évolution du projet > S’ils allaient être amenés à se revoir où si tout se passerait à distance dorénavant,
    2/ Le cas échéant, prévenir le patron qu’un des types étaient un pervers (pas besoin d’aller dans les détails), et qu’elle ne se sentait pas confortable sur ce projet.

    J’avoue que mon objectif était surtout d’éviter que la situation empire. Un type qui a l’audace de faire ça n’en est pas à sa première fois. S’il n’est pas sanctionné, il se sentira encore plus « puissant », et n’hésitera pas à passer à l’étape d’après… C’est ma crainte principal.

    Je ne sais pas si j’aurais du lui conseiller de faire plus…

    Pour revenir sur l’article, je pense qu’il traite parfaitement de cas d’une femme se confiant à une femme. Mais, dans mon cas, femme qui se confie à un homme, pourquoi est-ce que j’ai voulu essayer de lui dire, même si ce n’était qu’une simple pensée, qu’elle était partiellement en faute ? En sachant que l’agresseur n’est pas un type que je connais, ce n’est pas un pote, donc, ce n’est pas quelqu’un que j’aurais particulièrement intérêt à défendre. Au contraire…

    En plus, étant un homme, ce genre de situation ne risque pas de m’arriver. Donc, pourquoi ?

    Je pense que c’est juste que nous ne sommes pas habitué à se genre de situation. Et quand on ne connaît pas une situation, on répète (bêtement) ce qu’on a entendu. « Ouais, mais c’est parce qu’elle était en mini-jupe ». C’est stupide, mais, c’est comme ça qu’on nous a appris à réagir.

    Aussi, accepter qu’il s’est passé quelques choses de grave, ça nous contraint à nous « impliquer » dans l’affaire. Par exemple, si je dis à quelqu’un : « Merde… Tu sais, c’est une agression sexuelle… Il faudrait porter plainte… », je prends le risque que :
    1/ Un jour ça me retombe dessus (par l’agresseur),
    2/ Si la situation empire à cause de la plainte, la victime peut me dire que c’est de ma faute. « Si tu m’avais rien dit… On en serait pas là ».

    Je pense que c’est pour toutes ces raisons que nous avons tendance à blâmer la victime :
    1/ Se rassurer en se disant que ça n’arrivera pas,
    2/ Eviter de trop s’impliquer et laisser la personne gérer son propre problème.

    C’est un peu triste, mine de rien…

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire et votre témoignage, que j’ai trouvé intéressant !
      D’abord, bravo pour votre réaction. C’est super que vous ayez pu prendre le temps de remettre en question votre intuition première ! Et je trouve que vous avez très bien réagi. Ca a dû lui faire du bien de se sentir prise au sérieux, et je crois que vous avez raison en pensant qu’elle vous a confié ça parce qu’elle vous faisait confiance. C’était sans doute le cas.
      (Si vous parlez de la BD de Mirion Malle, je l’ai lue aussi et elle est très chouette)
      Je trouve aussi que vos conseils sont pertinents et plutôt utiles.
      Pour l’article, effectivement en ce qui concerne l’aspect « vulnérabilité », ça s’applique plus volontiers à une femme – qui aurait peur d’être victime aussi. En revanche, toute la partie de l’article qui traite de « la croyance en un monde juste » peut très bien coller pour une femme, comme pour un homme. Ce biais cognitif nous pousse à penser que les choses n’arrivent pas sans raison, que s’il arrive quelque chose de négatif à quelqu’un c’est forcément que la personne l’a cherché. C’est là (à mon sens) que vous aviez un intérêt à penser qu’elle devait avoir une tenue provocante – ou quoi que ce soit d’autre qui rendrait la situation plus « logique », plus « juste »…
      Après évidemment il y a aussi l’effet de l’éducation, on reprend ce qu’on nous a appris et ce qu’on entend tous les jours… Et l’aspect « implication » joue aussi sans doute, comme vous le soulignez. Mais je crois que la croyance en un monde joue vraiment un rôle primordial dans le processus.
      Alors oui c’est un peu triste – surtout quand on le vit, c’est vraiment chaud… Encore plus si c’est de la part de quelqu’un à qui on fait vraiment confiance et qu’on aime beaucoup. :/ Mais en même temps votre témoignage donne de l’espoir parce que ça veut bien dire que, une fois qu’on a compris et qu’on se pose la question, on peut travailler sur nos propres attitudes et adopter un comportement plus approprié ! Moi je trouve ça chouette !

      1. Merci pour votre retour.
        Oui, c’est probablement le « bias cognitif » qui nous pousse à chercher une raison « logique » pour justifier un comportement.
        En tout cas, elle n’est pas revenu m’en parler, donc, j’espère que tout c’est bien terminé. Je n’ose pas trop prendre l’initiative d’aborder ce sujet. Je me vois mal commencer une discussion par « Hey, ça va ? Et à propos du type qui t’avait touché les fesses, ça s’est fini comment ? ».

  14. Tiens, autre bout de réflexion : et si le Victim Blaming avait un rôle massif en politique ? « Tu es pauvre, donc tu es responsable. »

    Si en plus la personne qui parle a subi un environnement difficile elle aussi (// a renoncé à pouvoir sortir habillée comme elle en avait envie), s’ajoute le « je m’en suis sorti, donc tout le monde peut le faire ».

    Bon évidemment, la comparaison s’arrête là et les rapports de force/situations sont sans doute plus complexes et nuancés (bien que ultra marginale et utilisées comme bouc émissaire, la fraude aux allocs ou la pauvreté par choix existent peut-être, tandis que je vois mal des victimes de viol s’en accommoder).

    En tout cas, on commence à retrouver les idées que tu développes dans de la presse grand public :
    https://www.theguardian.com/commentisfree/oliver-burkeman-column/2015/feb/03/believing-that-life-is-fair-might-make-you-a-terrible-person

    1. Oui tout à fait, c’est le même processus pour les personnes pauvres, mais également pour toutes les formes d’inégalités (sexisme, racisme)… Par exemple si un noir est discriminé à un entretien d’embauche, on va avoir tendance à penser qu’il avait moins bien préparé l’entretien – parce que l’idée d’injustice nous dérange.
      Ca joue aussi le fait de s’en sortir dans un milieu difficile. En revanche je pense que ça bascule quand les personnes ont elles-mêmes subi une agression. A ce moment-là c’est plus dur de se dire « mais moi ça ne m’arrivera pas ! »… Il y a un article sur le sentiment d’insécurité qui est intéressant à ce sujet : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2002-1-page-41.htm
      Sinon cool l’article du guardian ! J Merci pour le partage.

      1. Bonjour,
        Pas sûr que l’exemple du Noir et d’un entretien d’embauche soit pertinent. En effet, en ce qui concerne le racisme, il y aurait beaucoup à dire, mais il y a déjà eu pas mal de communication là dessus. Je précise : le risque de discrimination raciale n’est pas inconnu, en particularité de ceux qui la subisse.
        Et, si certains « will put the blame on themself » (en anglais puisqu’on parle de « victim blaming »), je pense que plus nombreux seront ceux qui accuseront la discrimination raciale (ce recruteur, blanc, aura préféré un blanc à ma candidature) …

  15. Merci pour cet article, c’était extrêmement intéressant. Je n’ai pas de réflexion très intelligent à faire si ce n’est qu’en tant que femme tout cela raisonne.

    J’ai la chance d’avoir une famille et des amis « modernes » donc quand je raconte que je me suis faite harcelée dans la rue ou au boulot, on ne vient pas me dire que je l’ai cherché.

    Mais quand on me dit « ne rentre pas trop tard, ne prend pas le train seule etc » ça me met hors de moi car ça sous entend que s’il m’arrive quelque chose ce sera en partie ma faute. D’ailleurs une fois je me suis faite suivre dans la rue et je n’ai pas osé le raconter car on m’avait dit de ne pas rentrer trop tard. Du coup j’étais doublement énervée ><'

    C'était intéressant d'expliquer le mécanisme du "victim-blaming" car c'est souvent notre première réaction instinctive. Du coup il vaut mieux parfois écouter, prendre le temps de réfléchir avant de dire quelque chose de blessant ou pire. En tous cas c'est maintenant ce que je vais faire 🙂

    1. Coucou Lucile, merci pour ton message.
      Moi aussi ça me met hors de moi quand on me dit de ne pas faire telle ou telle chose… Et aussi quand j’entends les gens autour de moi dire que les filles ne devraient pas s’habiller de telle ou telle manière ! Grr…

      En tout cas je suis très contente que l’article t’ait plu ! A bientôt sur le blog 🙂

  16. Coucou Marine !

    J’aime tes articles =) je suis officiellement pour le victim blaming blaming

    (exercice: place les parenthèses correctement)

    Bonus: ça marche aussi avec un chat quantique

  17. J’ai moi aussi eu droit au victim blaming en thérapie.
    J’ai été une victime de violence conjugale pendant plus d’un an, avant de réussir a en sortir de moi même, même si la douleur psychologique (dûe autant a la relation en elle même qu’à sa fin.) a été dure a surmonter.
    Depuis grâce au la pillule rouge du féminisme, j’avais fini par me sortir de la tête que j’étais responsable. Enfin… Ça c’était avant que j’en parle avec mon nouveau psy. Et qu’il me dise que si c’était arrivé, cest que je l’avais bien voulu, que je m’étais laissé faire, que je l’avais laissé faire. J’ai été tellement sur le cul, j’ai tenté d’argumenter et puis je me suis a nouveau remise en question. Le pire c’est que c’était ma « meilleure expérience » psy jusqu’ici et que du coup j’ai donné de la valeur a ses conneries. (Mais bizarrement, je n’ai jamais abordé le sujet de mon viol avec lui après cette séance, si pour la violence conjugale j’étais responsable, je n’ose imaginer pour le viol…) Je me suis interrogée. J’étais mal a l’aise. En fait ça fait des mois que je me remets en question, que je me demande s’il a raison. A tel point que depuis que j’ai arrêté mes séances avec lui, je ne sais pas si j’aurais le courage de faire encore une tentative avec encore un nouveau psy. (J’en ai vu des dizaines, entre celui qui regarde sa montre pendant toute la séance, celui qui me dit clairement des le premier rendez vous qu’il voit pas ce qu’il peut faire pour moi et celui là, je me demande si je suis maudite) Alors ton article me fait un bien fou.

    Merci

    1. Bonjour Penelo, merci pour ce témoignage… C’est vraiment inquiétant d’entendre ce genre de choses. J’ai eu la chance de tomber sur une psy assez incroyable qui a très bien réagi. Elle a fait de l’anti victim blaming à fond, m’a répété cent fois que je n’y étais pour rien du tout, que personne ne méritait qu’il lui arrive ce genre de choses, que l’agresseur était le seul responsable. Ca m’a carrément aidé à mieux vivre le truc, à m’en remettre, à aller voir la police, ce genre de choses. C’est aussi un peu grâce à elle que j’ai fini par avoir envie de faire cette BD, j’imagine. 🙂 Bref j’espère que cette expérience ne t’aura pas trop dégoûtée de la thérapie… Si tu es en région parisienne je peux te donner un bon contact !

      En tout cas je suis ravie si cet article a pu te faire du bien, vraiment.

      Merci d’avoir partagé ton histoire ici,
      A bientôt sur le blog !

      Marine

      1. Dégoûté de la thérapie? Non. Mais sacrement terrifiée a l’idée de devoir subir a nouveau ce genre de propos plusieurs fois (ou d’avoir en face quelqu’un qui pratique la méthode du silence pour faire parler le patient. Ou qui ne t’écoutes pas vraiment. Ou qui saute sur le premier « symptôme pathologique », et n’ira jamais plus loin.) avant de trouver un psy* qui me convienne.
        Mais je vais réessayé. Encore. Faut juste que je réussisse a faire le premier pas.

        Malheureusement je ne suis pas en région parisienne mais dans l’est, mais merci.

        J’ai découvert ton blog avec cet article et je pense que je vais rapidement le parcourir entièrement.

        Sinon, j’ai repensé a un truc qui me questionne. Ces derniers mois, j’ai parlé de mon malaise face aux propos de mon psy a une amie qui a elle aussi été victime de violence congugale… Et sa réaction m’a perturbé. Elle était totalement d’accord avec mon psy.
        En réfléchissant vraiment a sa réaction je me suis rendu compte que pour elle c’était le fait de n’être pas responsable qui lui donnait l’impression d’être vulnérable. En gros j’ai l’impression qu’elle se dit « s’il m’est arrivé ça c’est que j’ai laissé faire, que je le voulais bien, mais maintenant je ne le veux plus donc ça ne pourra plus jamais m’arriver »
        Et autant je comprends cette façon de reprendre le contrôle d’une situation qu’on ne contrôlait absolument pas, autant ça me fait très peur parce que si elle subit a nouveau une violence de ce type.. Se persuadera elle que c’est ce quelle voulait?

        Qu’en penses tu?

      2. Tiens je viens de re trouver ça, c’est une liste de psy « safe », il y en a dans différentes villes, tu trouveras peut-être ton bonheur ! : http://psysafeinclusifs.wixsite.com/psysafe/get_involved

        Oui pour ton amie je pense que ta réflexion est assez juste, tu peux appliquer « la croyance en un monde juste » en te blâmant toi même. Tu te dis « si ça m’est arrivé, y avait forcément une raison ! ». A la fois ça rétablir la sensation de justice, et en plus ça permet, comme tu le soulignes, de garder le contrôle…

        Tu as essayé d’expliquer ces biais cognitif à ton amie ? Peut-être qu’elle comprendrait mieux le problème ?

        Après les questions que tu touches du doigt sont vraiment des questions psy qui dépassent largement mes petites compétences de blogueuse ! :/ Il faudrait qu’elle en parle avec un-e psy safe dans l’idéal, mais c’est pas simple.

        Toi en tant qu’amie tu peux déjà avoir ces réflexes en tête pour que, si ça se reproduit, tu lui dises bien que ce n’est pas de sa faute et tout ça. Après si elle fait ça inconsciemment pour se protéger, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas grand chose d’autre à faire ?

        Déjà expliquer, comprendre les mécanismes et déconstruire les réflexes ça peut aider. Moi j’essaie d’aborder la question sous un angle plus théorique, de raconter les expériences de psychologie sociale, de lui poser des questions sur des exemples très différents de sa situation à elle, etc.

  18. Après l’agression il est totalement ridicule de dire « il aurait fallu faire ci ou ça »… c’est trop tard alors on ferme bien gentiment sa bouche et on tient la main de la personne pour l’accompagner porter plainte, chez le médecin, au tribunal, s’inscrire en thérapie, l’écouter, la rassurer, la pousser à aller de l’avant à son rythme (sport, activité, etc).

    Pour la question de la prévention, je suis pour la prévention quand mais de façon cohérente. C’est à dire que la part de liberté sacrifiée pour sa sécurité ou son bien-être apporte un vrai bénéfice. Or, il y a des choses que chacun devrait savoir :

    – le risque zéro n’existe pas et il est très facile de dire après coup ce qu’il aurait ou pas fallu faire.
    – on ne vit pas chaque jour dans l’idée d’une potentielle agression (heureusement !) donc quand ça arrive c’était pas organisé c’est de l’impro. Et croyez moi l’instinct décide pour vous et la fuite est l’option « naturelle », la sidération si on ne peut pas fuir, vous n’aurez pas le choix.
    – malgré de nombreux sites, articles, émissions etc… les statistiques sur les agressions et les phénomènes tels que le syndrome de stress post-traumatique et la sidération sont encore méconnus. Dommage car cela casse nombre d’idées reçues.

    La plupart des conseils pseudo-préventifs sont ridicules au regard des éléments ci-dessus : collant de « poils », préservatif carnivore et autres pantalons blindés… se faire raccompagner, rester en groupe, ne pas sortir la nuit, surveiller son verre. Quand aux reproches faits : être sortie la nuit, avoir fait confiance à un inconnu, tenue vestimentaire… ou aux questions avec reproche inclus : vous étiez habillée comment ? Pourquoi vous avez-fait ça ?

    De mémoire : 1/3 des viols sont commis par le conjoint ou l’ex, 25 % par un membre de la famille et globalement 70 % par une personne connue (conjoint, famille, collègue ou autre). La moitié des victimes de viol sont mineurs et une personne handicapée physique ou mentale a un risque d’agression nettement supérieur au risque de l’ensemble de la population. Idem pour les personnes en état d’ivresse et assimilés. La moitié des viols ont lieu de nuit (donc l’autre moitié le jour) et la majorité des viols sont commis au domicile de l’agresseur ou de la victime. La « victime type » est donc une proie facile, une personne en situation de faiblesse, dont profite une personne de son entourage en qui elle a confiance. Le viol n’est pas un acte de désir mais de prise de contrôle et de domination.

    Il y a bien un élément de prévention qu’il faut VRAIMENT prendre en compte (pas seulement pour limiter le risque d’agression, mais aussi les accidents, les risques pour la santé etc). La première drogue du viol n’est pas la GHB (environ 3 % seulement des drogues retrouvées chez les victimes de viol selon une étude américaine), mais l’alcool. Ensuite vient le cannabis. Et ça au moins c’est concret et ça impacte directement l’exposition à plusieurs risques. Oui c’est idiot de se démonter la tête à pas retrouver le chemin de sa maison, d’une manière générale. Sauf qu’il n’est pas illégal d’être idiot. Se bourrer la gueule c’est de la connerie certes, mais ça ne dédouane EN RIEN un agresseur, c’est même aggravant il me semble.

    Donc attention : il ne faut pas perdre de vue que si un agresseur va cibler en priorité la fille qui ne tient pas debout, c’est parce que c’est une proie facile. Donc ton « si elle avait pas bu ça serait pas arrivé » tu peux te le garder. Si elle avait pas bu, ce salopard de pervers en aurait agressé une autre et si aucune fille n’avait bu il aurait pris plus de risque mais aurait agressé quand même.
    La prévention c’est bien, par contre après coup, ça sert juste à rien comme remarque…

    1. Coucou Paloma, merci pour ton commentaire plein de choses intelligentes et intéressantes. Je suis d’accord je crois avec tout ce que tu dis.

      J’ai juste pas bien compris à qui s’adresse la partie de ton commentaire disant : « ton ‘si elle avait bu ça serait pas arrivé’ tu peux te le garder ? »

      1. Oui c’est mal tourné lol. Ca s’adresse directement à l’auteur imaginaire de la remarque désobligeante par excellence, le « on » un peu beauf de base, homme ou femme d’ailleurs, qui tient généralement ce type de propos après coup « si elle avait pas fait ci ou ça gna gna gna ».
        Pour moi ce n’est plus de la prévention puisque ça intervient après, donc j’ai envie de lui répondre quelque chose du genre « ton commentaire moisi tu peux te le garder fallait te pointer le mois dernier pour faire des campagnes de prévention sur l’alcool et ses dangers ».

      2. Ahah d’accord j’avais un doute ! Je me suis dit « si elle a compris ça dans la BD c’est vraiment qu’il y a un souci » et « si elle a compris ça dans le commentaire de quelqu’un faut vite que j’aille le supprimer ! » 🙂

  19. Paloma écrit : « Se bourrer la gueule c’est de la connerie certes, mais ça ne dédouane EN RIEN un agresseur, c’est même aggravant il me semble. »

    Oui, c’est aggravant !
    Et c’est bien le problème aussi de ces phénomènes psychiques type victim-blaming : ils transforment la vulnérabilité de la victime, qui est une circonstance aggravante, en circonstante atténuante.
    C’est bien plus grave en effet d’agresser qui ne peut pas se défendre à cause de sa vulnérabilité (et peu importe que la vulnérabilité soit due à un handicap, à l’alcool, à la fatigue, à la position sociale, etc.).
    Le truc est retourné maintenant ! Et c’est ce qui te rend vulnérable (l’alcool ou autre) qui devient une excuse pour l’aggresseur : t’avais qu’à pas boire / sortir / lui parler / être là !
    Si on pousse ça au bout, ça donne une forme de : Plus tu es faible, plus tu tentes ton agresseur, donc plus c’est de ta faute !
    Quelle horreur.

  20. Merci pour ce billet. J’ignorais le rapport avec le biais cognitif « croyance en un monde juste », qui me rappelle à quel point ce biais est très ancré chez les personnes religieuses, où la croyance légitime le victim blaming, puisque « rien n’arrive par hasard ». Je ne saurais compter le nombre de fois où des jugements sont portés aux personnes à qui il arrive qqchose de négatif (j’ai grandi dans une famille très religieuse), c’est même une pratique systématique.

  21. Tout d’abord, merci pour cette mise au point intéressante et fort pédagogique.

    Je n’ai lu que quelques-uns des premiers commentaires, désolé si le mien est redondant. À mon avis il faut distinguer deux niveaux :

    – De manière générale indépendamment de tout fait, signaler un danger connu et demander aux personnes de prendre des dispositions pour s’en prémunir. La légitimité de ce propos et la pression qu’on exerce sur les personnes visées dépend de nombreux paramètres, en particulier le contexte social. Ce niveau demande une étude détaillée pour savoir si tel ou tel propos est abusif et rentre dans le cadre d’un « victim-blaming par anticipation ».

    – Faire le reproche à une victime de ne pas s’être conformée aux règles de prudences énoncées précédemment et d’établir implicitement un lien de cause à effet entre ces manquement et l’accident ou l’agression. Ce second point est évidemment inacceptable.

  22. Tout à fait d’accord avec François par rapport à la vulnérabilité des victimes qui devient utilisée pour atténuer les circonstances de l’agression au lieu de l’aggraver (qu’il s’agisse en effet d’alcool, de fatigue, de handicap, de situation de dominance sociale etc).

    Et en ce qui concerne l’alcool qui est souvent un facteur utilisé pour dédouaner l’agresseur/se s’il/elle avait bu et mettre une part de culpabilité sur la victime si elle avait bu: lorsqu’on parle de prendre des précautions il faut faire très attention à ce qu’on implique (ce qui rejoint les propos de la personne qui parlait de l’autostop et des conseils donnés). On pense alors à des situations extrêmes et bien qu’aucune situation ne justifie une agression, JAMAIS, il est compréhensible de penser à de tels conseils.
    En revanche lorsque les victim-blamers qui s’ignorent donnent ces conseils, surtout après coup, dans une situation qui arrive plus souvent, comment imagine-t-on vraiment le truc lorsqu’on l’applique à la réalité (perso c’est cette réalité que j’entends de la bouche de mes amies et que j’ai vécue): prenons un rassemblement d’amis se connaissant tous et dans un cadre manifestement « safe » où personne ne doit s’aventurer dehors après avoir bu. Petite teuf sympa. Personne n’est là pour se bourrer la gueule en soi, mais ils boivent des verres, voilà. Imaginons l’application de ces conseils en explicitant vraiment ce qu’ils signifient.

    -Amie 1 : bah, tu trinques plus, t’as pas envie?
    -Amie 2: Si, en plus on est bien et ce vin est tellement bon mais je ne dois pas profiter autant que je voudrais, il vaut mieux que j’arrête, au cas où un(e) de nos ami(e)s décide d’utiliser mon corps à des fins sexuelles, il faut que je sois en état pour bien dire non/me battre. Ou au mieux, si je ne suis pas bourrée, personne ne se dira « bingo, j’ai moyen d’en profiter ». Tu vois?
    -Amie 1: Euh.. pardon? Mais on est tous là voyons/Mais tu vois le mal partout / Tu fais confiance à personne même pas à tes potes?/ t’es pas bien ma pauvre / tout le monde n’est pas un violeur, blablabla

  23. Edit : le dialogue est imaginé pour verbaliser la signification des conseils dans une situation comme celle-ci – Quand je dis « de la bouche de mes amies » je veux dire qu’elles ont été agressées aussi dans des contextes similaires.

  24. Bonjour,

    Article/BD très intéressant, et les commentaires aussi (je trouve en particulier celui de « vruchtgebruik » qui fait le lien entre religion et « croyance en un monde juste » fort … juste … justement) !

    Pour apporter un autre éclairage, sur l’aspect « la ‘faute’ de la victime (en tout cas la ‘faute supposée’) n’exonère pas la responsabilité de l’agresseur ».

    En justice civile (c’est un peu différent en justice pénale), il y AVAIT une jurisprudence constante qui exigeait qu’une personne jugée coupable d’un préjudice doive le remboursement intégral de ce préjudice à la victime.

    En gros, un voleur/escroc s’est introduit chez vous, et vous a volé/escroqué pour 45 632 €. Il est pris par les forces de l’ordre, et condamné en justice. Le volet « civil » de sa condamnation le condamnera à vous rembourser ces 45 632 € (plus d’éventuels dommages et intérêts).
    Et ce, que vous ayez laissé votre porte ouverte, ou l’ayez accueilli avec des fleurs et en achetant avec plaisir ses bibelots (dans le cas de l’escroc).

    Le fait que la victime pouvait avoir fait preuve d’imprudence ne comptait pas dans la demande de réparation lorsque l’agresseur était condamné.

    Et bien, la Cour de Cassation, avec l’affaire Kerviel, a changé cette jurisprudence !

    Peut-on parler de « victim blaming » ? En tout cas maintenant, l’avocat de l’agresseur peut plaider le fait que la victime a été imprudente pour réduire la peine de l’agresseur …

    Sources :
    http://www.dalloz-actualite.fr/printpdf/flash/arret-kerviel-un-revirement-qui-interroge
    ou, de façon plus à la portée des non-juristes :
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/09/24/affaire-kerviel-la-societe-generale-jugee-fautive_5002795_3224.html

  25. Autant il ne faut pas faire de victim blaming, autant il ne faut pas tomber dans la déresponsabilisation.
    Le crime est toujours la responsabilité du criminel, mais la sécurité de la victime est la responsabilité de cette dernière.

    Personne n’interdit la vicitme Libre de ne pas en être responsable (en ne fermant pas sa porte à clé, en conduisant sans ceinture, en rentrant ivre pendant la nuit) mais ça augmenter clairement le risque d’agression.
    Vous parlez du biais du monde juste, pourtant revendiquer un monde où vous n’avez pas à vous soucier de votre sécurité implique un biais similaire où l’insécurité pas…
    En attendant…

    La première règle en sécurité : éviter le danger. La 2e, fuir le danger. La 3e : se défendre.

    Et finalement, l’existence de la police, payée par le contribuable pour protéger les gens des criminels entre dans la logique du victime blaming…

  26. oh mon dieu O______O Je fais tout le temps ça avec mes chats et mon chien *cours leur faire des câlins et s’excuser mille fois*
    Cahuète : qu’est-ce qu’il lui prend à celle là, encore ?
    Indiana : Je sais pas, ça fait un moment que j’ai arrêté de me poser des questions.
    Milla : Cool des câlins gratuits !

    Bref désolée. Wow ! Probablement un des meilleurs articles sur le sujet sans hésiter. J’aime beaucoup les comparaisons que tu utilise, surtout avec la voix que l’on peut entendre dans tram/métro, « pour ne pas tenter les pickpockets… » celle là, j’avoue elle m’a toujours fait halluciner O____o WTF ? D’ailleurs il était arrivé un truc comme ça à une de mes tantes, assez âgée (90 ans), qui comme elle a des problèmes de mémoires, elle a mis dans son porte feuilles un papier avec son code carte bleue, quand elle s’est fait volée, le porte feuille et qu’une assez grande somme d’argent lui a été retirée de son compte, on lui a bien entendu dit que c’était de sa faute, quelle idée d’écrire son code de carte sur un papier et qu’elle aurait dû faire plus attention, etc. Pas du tout la faute d’un sale type qui a profité de la faiblesse d’une personne âgée, m’enfin.

    Et t’inquiètes pas, on comprends très bien que tu mets pas au même niveau de gravité, un vol et une agression sexuelle ;-). Et ça permet de mieux comprendre, justement la stupidité de faire du victim blaiming et comment ça fonctionne.

    Je n’avais jamais bien compris, POURQUOI, à chaque fois que l’on parle d’une agression sexuelle / harcèlement / viol / ce que tu veux, l’un des premiers commentaires était souvent : « ah mais c’est quand même un peu de sa faute… ». Et franchement merci beaucoup pour ses explications que tu as donné. Celle sur le rééquilibre de la sensation de contrôle, m’a rappelé un témoignage que j’avais lu d’une fille, qui expliquait qu’elle avait dit à une victime de viol que c’était de sa faute car elle ne s’était pas défendue et qu’elle lui expliquait que elle, elle se serait débattu, qu’elle aurait couru, etc. Mais un jour, elle s’est retrouvé dans une situation similaire, et elle avait été complètement paralysée par la peur et n’avait pas pu bouger. Et quand elle en a parlé, on lui a ressorti les mêmes choses qu’elle avait dit à l’autre fille. Ce témoignage m’avait complètement chamboulée, il représentait tellement le cercle vicieux, que crée la culture du viol et était une parfaite illustration, de ce rouage psychologique. Et j’avais aussi perdu foi en l’humanité au passage avec des commentaires tels que : « tu l’as bien mérité » « bien fait » « ça t’apprendra ». Ces gens qui blâment la fille parce qu’elle a fait du victim blaiming et eux qu’est-ce qu’ils font ? Genius guys !
    D’ailleurs question un peu bizarre et probablement stupide mais est-ce que les victims-blaimers sont coupables/responsables ? Je m’explique, j’ai déjà eu des discussions avec des ami(e)s qui avaient tendance en effet, à faire du victime blaiming et qui après que je leur ai dit en quoi, cela pouvait faire du mal au victime, que ce n’était en rien de leur faute et que c’était de la faute de l’agresseur, ont changé leur mentalité sur le sujet et s’ils avaient cette pensée avant, c’était qu’on leur avait toujours dit que si une fille se faisait agressé c’était : qu’elle était aguicheuse/avait bu/était habillée de manière trop sexy/ (rayez la mention inutile). Moi, si je pense de cette manière, c’est que mes parents m’ont appris assez tôt, que ce n’était pas vrai. Donc si on ne leur avait jamais dit que leur manière de pensée était dangereuse, comment auraient ils pu savoir que ce n’était pas vrai ? Désolée encore si ma question est stupide et probablement très maladroite.

    Et l’autre rouage psychologique celui sur la croyance en un monde juste, est aussi très intéressant. Et l’étude du Dr Melvin Lerner m’a bluffée.
    Même si pas vrai dans tous les cas ^^ (elle a eu une promotion ? Non, c’est pas parce qu’elle a travaillée de manière acharnée, c’est forcément la promotion canapé *situation déjà entendu/vécu* *facepalm*).

    Et ensuite j’aimerais évoquer deux anecdotes impliquant le victim blaiming qui m’ont donné des pulsions violentes et des envies de frapper (même si c’est pas la violence qui règlera quoi que se soit, je sais).

    Un jour au tram, un mec me demande 1euro pour se payer un ticket, je lui passe, et du coup il devient hyper collant avec moi, me fait des propositions sexuelles, me met le bras autour du cou, etc, j’arrive à me détacher de cette personne, et je m’éloigne de l’arrêt en courant presque. Quand je raconte l’histoire avec certaines personnes, elles me sortent « c’est de ta faute tu lui as donné 1euro, il a pris ça comme une invitation » et « c’était pas une agression, il voulait te remercier pour les 1euros ». WTF ? Mais bon sur le coup je les ai crû.
    1 semaine plus tard environ, un autre type me demande 1euro, je les ai mais encore un peu chamboulée par cette histoire, qui m’avait beaucoup travaillée, je lui dit que je n’ai rien, je me fais alors insulter de tous les noms les plus fleuris de la langue française et quand je raconte cette expérience (aux mêmes personnes), on me dit : « ben pourquoi tu ne lui a pas donné 1euro si tu les avais. » Quand ils m’ont dit ça, je crois que ça a été le déclic. J’ai enfin compris que je n’étais en rien responsable et que c’était eux qui me cherchaient tous les vices possibles.

    Puis un autre truc, qui ne m’est pas arrivé. Dans mon lycée, un prof a été accusé d’avoir fait des sous-entendus sexuels à une des élèves. Je raconte cette histoire à une personne, qui ne connait ni le prof, ni la fille mais qui me sors direct « La fille, ment forcément, ça doit être une ado mal dans sa peau qui veut attirer l’attention. pourquoi un prof respectable, irait risquer sa carrière pour draguer une ado prépubère ? ». Quand je lui ai demandé comment pouvait il juger la situation comme ça, alors qu’il ne connaissait aucun des protagonistes, ni ce qu’il s’était passé vraiment. Il m’a répondu « j’ai lu trop d’histoires de profs, parce qu’on ne les croyait pas qui sont allés en taule alors qu’au final la gamine, elle mentait ». C’est vrai, ça arrive, il y a des filles qui peuvent mentir c’est un fait, mais le pourcentage est tellement faible par rapport à celles qui disent la vérité. Et le pourcentage de personnes qui croient le prof plutôt que la fille est aussi tellement plus important. ça par contre il a oublié de m’en parler de ces filles que l’on ne croit pas, ou qui n’osent même pas porté plainte à cause de cette peur.

    Je pourrais en raconter encore une bonne dizaine d’anecdotes de ce type, que ça m’en fait presque peur O____O

    Bref, désolée de ce gros blabla. je m’étale. Ton blog est une super découverte, je pense que je vais faire lire ton article à tous mes proches. ça devrait limite être d’utilité publique. D’ailleurs, je t’ai découvert aujourd’hui car sur twitter quelqu’un avait mis le lien de ton article suite à l’affaire capucine/hanouna. D’ailleurs avec cette affaire, j’ai pu voir le même paradoxe qu’un peu plus haut. Des gens qui disaient que Capucine était une pétasse et une connasse, si elle ne se rendait pas compte qu’elle avait subi une agression. *facepalm*.

    Ah et pour terminer (vraiment cette fois), je voudrais revenir sur un des commentaires que j’ai lu sur la vidéo, à propos des thérapeutes. Qu’un professionnel (censé donc être informé sur la question, ce qui n’est pas forcément le cas de Mr/Mme tout le monde (ce qui n’excuse pas ces derniers)) censé AIDER la victime surtout, la met plus bas que terre, peut aggraver son problème, c’est juste inadmissible. Et le pire c’est que ce n’est pas une exception. Et qu’ils puissent continuer à pratiquer 😦

    Bref désolé, pour ce commentaire rempli de coups de gueules plus variés les uns que les autres, TRES décousu, probablement rempli de fautes d’orthographes, de questions idiotes et MERCI encore et encore pour ce super article ^^

    1. Coucou ! Merci beaucoup pour ce très long et intéressant commentaire. Merci aussi pour tes gentils compliments qui me vont droit au coeur, je suis chaque fois touchée de réaliser que ce que j’écris parle vraiment à des gens et les aide à comprendre des choses qui ont pu leur arriver, c’est une sensation assez dingue 🙂
      Je n’ai pas le temps de répondre en détail tout de suite mais, comme j’ai peur d’oublier de le faire plus tard, je voulais juste te dire que j’avais tout lu ! et j’espère prendre le temps d’y répondre bientôt.
      Merci à toi !

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