Personne n’est obligé·e de faire de la pédagogie… mais c’est pas non plus la peine d’être désagréable

Le sexisme et le féminisme sont des sujets complexes à propos desquels il existe une littérature foisonnante, des films, des essais, des tas de revues, d’articles, de BDs, etc. … Certaines personnes passionnées par ces sujets se renseignent à fond et finissent par acquérir un savoir, des connaissances.

Ces connaissances, les personnes sont libres de les diffuser ou non. On n’est jamais obligé·e d’expliquer quelque chose qu’on a compris à quelqu’un qui n’est pas au courant. On peut le faire si on en a envie et si ça nous fait plaisir, mais personne ne peut nous forcer à le faire.

Il peut y avoir plein de raisons de ne pas vouloir faire de la pédagogie. D’abord, on peut ne pas aimer ça du tout. Comme on a le droit de ne pas aimer les olives ou de ne pas aimer conduire en région parisienne, par exemple… c’est notre droit.

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Ensuite, on peut ne pas s’en sentir capable. On est fatigué·e, on a eu une grosse journée, on vient d’avoir le débat avec dix personnes différentes et là c’est la personne de trop. Peut-être tout simplement qu’on n’en a pas envie (on sait comment ça va se passer, on connait 90% des arguments que l’autre va nous exposer)… peut-être aussi que le sujet nous touche de très près et qu’il nous rappelle des choses désagréables et sensibles auxquelles on ne veut pas se confronter à nouveau.

Enfin, on peut sentir que l’autre n’est pas à l’écoute. Certaines personnes cherchent à provoquer des discussions alors qu’elles ne sont pas prêtes à entendre ce que l’on a à dire, elles sont dans une optique de conflit, elles veulent nous « prouver qu’on a tort ». Libre à nous de fuir l’échange dans ce contexte car on sait qu’il ne nous apportera rien de bon, et à l’autre non plus.

Cependant… il existe plusieurs alternatives à l’option « faire de la pédagogie ». Par exemple :

  • ignorer l’autre
  • aller boire une citronnade avec des amies
  • renvoyer vers d’autres sources de documentation
  • renvoyer vers d’autres gens qui ont envie d’expliquer
  • répondre « désolée je n’ai pas le courage/le temps de t’expliquer »
  • envoyer chier l’autre.

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Parmi toutes ces alternatives, « envoyer chier l’autre » n’est probablement pas la plus bienveillante et la plus constructive. Vous avez en face de vous une personne qui s’interroge… maladroitement, de façon agaçante certes, mais qui s’interroge ! L’envoyer chier, c’est prendre le risque de la braquer complètement et qu’elle reste bloquée encore plus fortement sur son avis initial. Il y a quand même très peu de chances que ça lui donne envie d’aller ouvrir un bouquin, regarder un documentaire sur le sujet… ni même de revenir vous poser des questions plus tard (un jour où vous serez bien reposée et où vous serez surmotivée pour lui expliquer des trucs !)

Bref, vous n’avez pas d’obligation à faire de la pédagogie. Mais ce serait malhonnête de se servir de cela comme d’une excuse pour être agressif·ve et méchant·e envers les autres. Vous pouvez tout à fait rester bienveillant·e en répondant que vous n’avez pas le courage d’expliquer. Et tout est bien qui finit bien…

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Liebster award

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Coucou les lectrices et lecteurs !

Un article pour remercier la page Facebook « Après Coït » qui m’a gentiment nominée pour les Liebster Awards. Un dessin pour l’occasion, et mes réponses à leurs questions !

1- Bon nous on a décrit un peu à la rash ce que vous faites (ou pire, copié collé vos descriptions) ça serait chouette si vous pouviez nous en dire plus sur votre page / blog / site / chaîne

« Dans mon tiroir » est un BD-blog qui me permet de partager mes pensées ou mes réflexions. Ca peut être des planches abordant des sujets plutôt sérieux (notamment le féminisme ou le végétarisme), mais aussi des notes plus légères ou de simples illustrations… Une partie des planches est aussi réalisée pour un magazine féministe belge Femmes Plurielles que je vous recommande sans hésitation !

2- qu’est-ce que ça a été le déclencheur pour faire le blog / site / page ?

Le déclencheur a simplement été mon envie de dessiner et l’envie que mes dessins soient vus (au départ surtout par mes amis !)… Je voulais que les dessins sortent « de mes tiroirs », c’est ce qui m’a donné l’idée pour le nom du blog. Petit à petit j’ai commencé à m’intéresser à de nouvelles thématiques et j’ai pu dessiner aussi là-dessus. C’est comme ça que le blog est devenu de plus en plus axé sur le féminisme.

3- pourquoi c’est une cause qui vous tient à coeur ?

Le féminisme me tient personnellement à coeur très simplement parce que je suis une femme ! Ca a l’air bête mais c’est quelque chose que j’expérimente, que j’ai expérimenté tout au long de ma vie. Comprendre les mécanismes du sexisme, les expliquer à mes lectrices, les déconstruire… c’est un super moyen d’expression !

4- un message / un appel à faire passer ?

Si quelqu’un ici travaille dans une maison d’édition… j’espère que mes dessins quitteront un jour leur « tiroir » virtuel pour prendre la forme d’un bel album BD !

5- qui est concerné-e par votre page / site / blog ?

Mon blog est ouvert à tout le monde, mais il concerne plus directement les femmes de ma tranche d’âge je dirais (jeunes adultes). Cela dit il peut tout à fait être lu par d’autres personnes et je les y invite volontiers (y compris les hommes curieux) !

6- comment vous espérez que ça évolue d’ici 5 ans ?

Je souhaite vraiment aller vers la publication d’un album un jour. Je ne sais pas encore quelle forme cela prendra, j’ai plusieurs idées et je sais que mon dessin mériterait encore d’être travaillé… mais dans l’idéal oui je voudrais continuer sous cette forme pendant un petit moment et poursuivre en publiant un album BD !

7- Qui sont les personnes qui vous inspirent (pour le blog /site /..) ?

Parmi les personnes qui m’inspirent, je peux citer Liv Stromquist qui est une BDiste suédoise géniale… Ou encore Chimamanda Ngozi Adichie qui ne fait pas de BD mais m’inspire beaucoup par ses idées féministes… Ou bien sûr Diglee dont j’adore à la fois le trait et les récits !

8- A quelles difficultés vous vous êtes mesuré-es quand vous avez démarré le blog / site / page ?

Pour moi ce qui a été difficile au départ c’est que mon niveau en dessin ne suivait pas du tout les idées que j’avais envie de développer. Il m’a fallu plusieurs années pour réussir à dessiner à peu près ce que je voulais raconter et ça pouvait être très frustrant les premiers mois !

9- Est-ce qu’il y a des choses difficiles et dures à gérer ? (on pense peut être aux insultes, menaces, harcèlement…) et comment vous faites pour les gérer

Une des choses difficiles à gérer c’est le temps et la discipline : comment s’imposer un rythme qui permette de dessiner régulièrement, de ne pas laisser le blog à l’abandon… mais sans que ça devienne une contrainte non plus et sans que ça prenne toute la place dans ma vie. C’est un des challenges que je rencontre tout le temps !

Les trolls et les insultes sont assez difficiles à supporter aussi… souvent je supprime les messages déplacés, je m’épargne les débats stériles et je me protège en bloquant les personnes toxiques.

10- Pour les caisses de chatons, vous préférez quoi comme pelage ?

Moi c’est le contraire de Aline&Out 🙂 pour les chatons, comme je suis végétarienne à tendance végane… je les laisserais bien tranquilles là où ils sont et quelles que soient leurs couleurs !

11- Quelles sont les plus belles choses qui vous sont arrivées depuis la création de votre blog / site / page ?

Un de mes plus beaux souvenirs c’est la parution de ma planche sur le « victim-blaming » qui a super bien marché, qui a été partagée par plein de groupes Facebook que j’aime… et qui a même été retweetée par la ministre des droits des femmes de l’époque !

PS – j’accepte vos câlins avec plaisir ! 🙂

***

Je n’ai pas trop le temps de concocter une bonne sélection de blogs et de préparer des questions à leur poser, alors je me contenterai de faire un petit coucou à une chouette amie qui décolle tout bientôt pour le Cameroun, qui va énormément me manquer, et qui tient un blog de délicieuses recettes végé-friendly ! Allez faire un tour sur le monde de Berlande !

 

Les personnes concernées ont-elles toujours raison ?

Si vous avez l’habitude de fréquenter les milieux féministes (en particulier sur Internet), vous avez probablement déjà entendu parler des fameu·ses « concerné·es » !

La personne « concernée », c’est celle qui subit directement une oppression : les femmes pour le sexisme, les personnes racisées pour le racisme, les personnes en situation de handicap pour le validisme, etc. etc.…

Quand on se renseigne à propos du féminisme, on apprend à accorder de l’importance à la parole des femmes en matière de sexisme. C’est assez logique puisque ce sont elles qui le subissent directement. C’est aussi logique puisqu’elles ont tendance à être invisibilisées dans la majorité des situations, alors c’est normal de leur redonner la parole chaque fois que c’est possible.

Mais donner plus souvent la parole aux femmes et reconnaître leur forte légitimité dans les débats touchant au féminisme, ça ne veut pas dire :

  • que les femmes subissent le sexisme de la même façon
  • que les femmes partagent un avis unique sur les problématiques féministes
  • que les femmes disent toujours des choses intelligentes quand elles parlent de sexisme
  • que seules les femmes ont des choses intelligentes à dire à ce sujet

Il ne faut pas se balader bien longtemps sur des pages féministes pour s’apercevoir que les femmes ont des positionnements très différents (parfois opposés) sur tout un tas de questions féministes. Prétendre rechercher « l’avis des concerné·es » supposerait qu’elles se soient mises d’accord et qu’elles partagent un avis consensuel. Or c’est rarement le cas, comme cela est très bien développé dans cet article des Coups de Gueule de Lau.

Ensuite, bien sûr qu’une femme sait mieux que personne ce qu’elle ressent, et bien sûr qu’on ne peut pas remettre en question cela. Si elle dit avoir peur dans la rue le soir, c’est qu’elle a peur dans la rue le soir. Personne ne peut rien trouver à redire à cela. Les concernées ont donc toujours raison quand elles parlent de quelque chose qu’elles expérimentent directement, de quelque chose qu’elles ont vécu ou ressenti.

Mais ça parait quand même assez contre-intuitif de penser que la parole d’une femme est forcément irréprochable quand elle aborde le thème du sexisme de manière générale. Des tas de femmes disent des choses intéressantes à propos du sexisme, mais des tas de femmes disent aussi plein de bêtises à ce sujet… et c’est complètement normal. Le féminisme est un sujet complexe sur lequel on a tou·tes beaucoup à apprendre, on passe forcément par des phases où l’on se trompe… Même si l’on est une femme !

Enfin, il existe plein de manières de permettre aux hommes d’accéder à des témoignages de femmes concernées. En lisant des livres, en discutant avec leurs amies, en réfléchissant par eux-mêmes, les hommes peuvent très bien acquérir une compréhension du sexisme qui ne sera pas du tout la même que celle que les femmes en auront… mais qui peut aussi leur permettre d’apporter des éléments intéressants au débat, de poser d’autres questions. Le fait d’être une femme n’assure pas automatiquement qu’on va avoir la science infuse en matière de féminisme – et le fait d’être un homme n’assure pas automatiquement qu’on va dire n’importe quoi en matière de féminisme.

Au final, il est très important de donner plus d’espace aux personnes concerné·es par les discriminations puisqu’elles sont souvent invisibilisées et silenciées par le système qui les opprime. Cependant, dans le cadre d’un débat ou d’un échange d’idées, il parait simpliste de considérer le fait d’être concerné·e comme un argument d’autorité car :

—> Les personnes concernées par une oppression ne feront pas toutes les mêmes expériences et n’auront pas toutes le même avis

—> Le fait qu’une personne soit concernée par une oppression ne signifie pas qu’elle est infaillible quand elle parle de cette oppression

—> Le fait qu’une personne ne soit pas concernée par une oppression n’empêche pas cette personne d’avoir un avis intéressant et intelligent sur la question.

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Coucou les lectrices et les lecteurs ! Je voulais partager avec vous un dessin que j’ai fait pour le groupe Facebook « Le féminisme avec bienveillance ». C’est chouette que des initiatives comme celle-ci existent et permettent à des tas de gens de se renseigner sur le féminisme, de comprendre, de poser des questions et d’obtenir des réponses. De profiter de la pédagogie de quelques militant·es averti·es qui gardent patience face aux arguments lus et relus. C’est rare aussi, car parfois le militantisme devient un moyen comme un autre d’exprimer une forme de violence et un désir de pouvoir, parfois contradictoire avec son but initial ! Je suis en train de lire Vernon Subutex 3 et j’en profite pour vous recopier un petit passage à propos de tout ça. Moi ça me fait réfléchir… et vous ?

« N’empêche que dans le fond, tout le monde est d’accord : exclure les impurs, les impropres, les empêcher de s’exprimer. Créer une catégorie de massacrables. Les frontières varient, mais le jeu des gardes-douanes reste le même. C’est : toi, dehors. Je ne veux pas de ça chez moi. Le seul critère variable c’est qui on met dans les camps. Qui est torturable, charniérable. Qui mérite d’être exclu. Il y en a qui ne veulent pas vivre avec les patrons, et d’autres c’est les Camerounais, il y en a qui ne veulent plus supporter les machos, et d’autres c’est les Gitans (…) mais on lave tous plus blanc. On est tous du côté du pur. La seule chose qui nous intéresse, c’est de légitimer la violence. Il faut que ce soit pour la bonne cause. »

Virginie Despentes – Vernon Subutex 3

Pourquoi je recommande Downton Abbey

Lady MaryC’est l’été, voilà donc pas mal de temps libre pour reprendre le fil de mes séries préférées… Bien que je ne sois pas une grande amatrice de séries de manière générale, je prends beaucoup de plaisir à découvrir Downton Abbey et je vous la recommande pour tout un tas de raison !

1 – La série est pleine de personnages féminines intéressantes et fortes, aux caractères très différents les unes des autres (le dessin représente Lady Mary, la fille aînée de la famille).

2 – La série soulève intelligemment plusieurs questions de société qui rejoignent les thématiques (féministes ?) qui m’intéressent (lutte pour les droits des femmes, maternité, prostitution, homosexualité, privilèges…)

3 – Un grand nombre de personnages ont une attitude vertueuse ! (et c’est rare !) Souvent dans les séries (ou dans les films ou les livres), on voit beaucoup de personnages se tirer dans les pattes, se trahir, se décevoir… C’est parfois sur cela que repose l’intrigue. Dans Downton Abbey, ça arrive aussi mais ce n’est pas la base de l’histoire. Beaucoup des personnages principaux ont des attitudes vertueuses : ils sont pour la plupart honnêtes, ils sont bienveillants, compréhensifs, fiables, justes, responsables. Ils sont aussi clairvoyants, ils se soutiennent les uns les autres.

4 – Les relations amoureuses y sont très bien traitées. Beaucoup de cas de figure sont présents : amour réciproque, amour non réciproque, amour impossible, amour compliqué, manipulateurs toxiques, … Mais les personnages réagissent intelligemment et reçoivent souvent des conseils avisés de la part de leur entourage (leurs amis, leurs collègues, parfois même leurs patrons).

5 – La série montre d’autres relations (parfois très belles) – des relations d’amitié, des relations de travail bienveillantes et pleines de respect et d’estime (même si pas que…), des relations entre collègues, des relations employeur-employé, des relations familiales, des relations de voisinage…

6 – Les personnages principaux sont complexes : les méchants font parfois preuve d’une incroyable honnêteté et d’une sensibilité désarmante. Les gentils peuvent faire des bêtises ou s’emporter. Les idéologies politiques des uns et des autres ne sont pas toujours en cohérence avec l’image qu’on se fait de leurs caractères… Bref, c’est comme dans la vie ! et ça rend les personnages plus crédibles.

7 – C’est beau ! C’est une série très esthétique avec de magnifiques images de paysages, de maisons incroyables, de costumes…

J’aurais pu aller jusqu’à 10 mais je crois que j’ai fait le tour. Alors si vous ne saviez pas quoi regarder en août… Tentez le coup, ça pourrait bien vous plaire !